Alexandre Vladimirovitch Pyjikov

Alexandre Vladimirovitch Pyjikov (1965–2019)

Historien, docteur en sciences historiques, professeur. De 2003 à 2004, il fut vice-ministre de l'Éducation de la Fédération de Russie.


Selon Pyjikov, la Russie ne peut trouver sa véritable voie que dans un projet mondial qui lui soit propre, fondé sur la compréhension de l'identité russe et de l'archétype populaire profond.

La Russie est une civilisation en quête de justice. Son peuple est fait de chercheurs de vérité qui, comme par une nécessité intérieure, s'efforcent toujours de sauver ou de libérer quelqu'un.

Ce trait s'est manifesté plus d'une fois dans l'histoire. Déjà au milieu du XIXe siècle, A. I. Herzen voyait dans la commune paysanne russe le germe du socialisme. Cette idée lui fut suggérée par l'échec des révolutions de 1848–1849 en Europe occidentale : déçu par l'Occident, Herzen se mit à chercher pour la Russie une voie particulière. Après lui, N. G. Tchernychevski, puis plus tard les populistes — P. N. Tkatchev, N. K. Mikhaïlovski et d'autres — estimaient que la Russie pouvait parvenir au socialisme en évitant purement et simplement l'étape capitaliste. Karl Marx lui-même envisageait sérieusement cette possibilité : dans sa lettre à Vera Zassoulitch (1881) et dans la préface à l'édition russe du « Manifeste du Parti communiste » (1882).

L'histoire semblait avoir démenti ces espoirs. Après l'abolition du servage, le capitalisme se développa rapidement en Russie, la commune se désagrégeait, et en 1899, V. I. Lénine, dans « Le Développement du capitalisme en Russie », soutenait que le pays s'était déjà engagé sur la voie capitaliste. Pourtant, comme le montre Pyjikov, le mode de vie communautaire n'a pas disparu — il est descendu en profondeur. Ce sont en grande partie ces couches populaires communautaires, avant tout vieilles-croyantes, qui ont porté les événements de 1917. L'idée que les populistes rattachaient à la commune est revenue, mais sous une forme inattendue.

Là réside justement l'essentiel : l'archétype ne s'efface que partiellement au fil des décennies, voire des siècles, parce qu'il est décentralisé. Les slogans soviétiques, eux, étaient centralisés : on y a d'abord cru, puis on a cessé d'y croire, puis on les a tout bonnement oubliés. L'archétype, lui, est présent en tout — dans les contes, les films, les histoires drôles ; il est littéralement dissous dans la culture et la vie quotidienne.

C'est pourquoi même les tentatives délibérées de le réformer ou de le détruire n'atteignent pas leur but. L'archétype se transmet de génération en génération et fait chaque fois renaître les réponses aux questions : comment agir selon la justice, selon l'honneur, selon la conscience. Et ces réponses ne coïncident pas toujours avec ce qui est « conforme à la loi ».


Les livres les plus importants d'Alexandre Pyjikov :

« Les Facettes du schisme russe », « Les Racines du bolchevisme stalinien », « Pétersbourg – Moscou. La Lutte pour la Russie », « La Fracture slave ».

A.V. Pyjikov YouTube

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