Questions et réponses sur l'Hypermonde

Pour entrevoir l'avenir, il faut changer de perspective : tourner son regard non pas vers les caprices du moment des acteurs géopolitiques souverains, mais vers l'éternité.— Tout être humain jamais né obtiendra pratiquement tout ce qu'il désire, en toute quantité et pour toute durée. Plus encore, chacun obtiendra bien plus que ce qu'il est aujourd'hui capable d'imaginer ou de désirer.
Où emmener et où installer autant de personnes ? Y aura-t-il assez de place et de ressources pour tout le monde ?

Surpeuplement : problèmes réels et solutions

Achetez du naturel, directement sorti du passé. Ligne rouge : aucun produit de synthèse ni biote fabriqué en série.

Au cours de toute l'histoire de l'humanité sur notre planète, il a vécu environ 100 milliards d'êtres humains. Ce chiffre aide à mesurer l'échelle : les peuples, les tribus et les villes du passé comptaient bien moins d'habitants qu'aujourd'hui. Et pourtant, même aujourd'hui, avec une population de 8 milliards, la Terre est loin d'être physiquement surpeuplée.

Le problème du surpeuplement, contrairement à une opinion répandue, n'est pas lié à un manque de territoire libre. Il existe d'immenses terres peu peuplées et des littoraux au climat bien plus propice à la vie que, par exemple, les Émirats arabes unis — un pays qui prospère pourtant en plein désert. En Chine, la densité de population est 2,5 fois plus faible qu'en Angleterre.

Abondance et famine

Selon certaines estimations, l'agriculture mondiale, même avec le niveau technologique actuel, serait capable de nourrir correctement jusqu'à 40 milliards de personnes. Or, selon les estimations disponibles de l'ONU et de l'OMS (source), aujourd'hui sur Terre, à cause de la faim et des maladies qui lui sont liées, loin des envolées des propagandistes, de 12 à 20 mille personnes meurent chaque jour, et près de la moitié d'entre elles sont des enfants de moins de 5 ans. La profondeur de la plateforme est bien plus grande qu'il ne peut sembler à ceux qui vivent aux étages supérieurs.

Dans un monde où l'on dépense pour nourrir les animaux domestiques plusieurs fois plus de ressources que pour sauver ceux qui meurent de faim, — ses valeurs et ses priorités actuelles sont évidentes. La plupart des enfants que nous ne protégeons pas ne périssent pas à cause d'actions militaires, mais à cause de la logique même du système capitaliste mondial, qui se débarrasse des excédents d'une population non réclamée par l'économie, loin des caméras.
Aujourd'hui, c'est leur tour d'être dévorés ; plus tard, cette même logique inhumaine atteindra tous les autres.

La véritable nature du problème

De nombreux problèmes contemporains ne sont pas d'ordre technologique, mais relèvent plutôt d'un problème de gestion. Ils sont en effet complexes : il ne suffit pas d'envoyer une centaine de « Boeing » ou de cargos chargés d'orge perlé en Afrique pour que les gens cessent d'y mourir de faim. Le problème est bien plus profond et systémique.

Les pays développés, comme par le passé, pillent la périphérie, tandis que le plus développé d'entre eux pratique, non sans succès, l'échange inégal avec les pays développés. Tout cela reste, pour l'instant, le fondement, le principe de base de l'ordre mondial actuel, et il concerne également les problèmes actuels de surpeuplement.

L'impact multifactoriel sur l'environnement

La pollution, l'épuisement des ressources naturelles, la crise énergétique, l'entassement, la pauvreté — voilà précisément ce que l'on entend en parlant de surpeuplement, et non l'absence d'espace physique en tant que tel.

La capacité technologique de la planète

Le nombre de personnes que la planète Terre peut faire vivre à un niveau de vie suffisant, sans dommage critique pour l'environnement, dépend directement du niveau de développement technologique de la civilisation.

L'histoire illustre clairement cette dépendance. Les nouvelles technologies — des simples améliorations en matière d'irrigation et d'agronomie jusqu'aux succès actuels de la modification génétique — continuent d'accroître la production alimentaire. Chaque saut technologique élargit la « capacité de charge » de la planète.

Les problèmes environnementaux que nous observons aujourd'hui découlent en grande partie de l'usage de technologies intermédiaires et imparfaites. L'industrie obsolète du passé polluait l'environnement à des degrés bien supérieurs aux entreprises modernes fonctionnant en cycle fermé.

La révolution nanotechnologique

Lorsque l'humanité maîtrisera la nanotechnologie moléculaire dans sa forme mature, un saut qualitatif se produira dans la résolution de tous les problèmes de ressources. Cette technologie permettra de :

  • Produire pratiquement n'importe quel bien de manière absolument propre et efficace, avec un coût de revient minimal, proche de zéro ;
  • Éliminer les dommages environnementaux accumulés, causés par les méthodes de production primitives des époques précédentes ;
  • Recycler les déchets à l'échelle atomique, en les transformant en ressources utiles ;
  • Créer des cycles de production fermés, où la notion même de « déchet » disparaîtra.

C'est précisément dans cette direction que l'humanité devrait concentrer l'essentiel de ses efforts scientifiques. C'est l'une des percées technologiques les plus prometteuses et, en même temps, les plus réalisables dans un avenir proche — un fruit facile à cueillir sur l'arbre du progrès.

La perspective spatiale

La nanotechnologie rendra également économiquement accessible la colonisation de l'espace. Et il importe ici de bien saisir l'ampleur réelle des ressources à la disposition de l'humanité.

À l'échelle cosmique, la Terre n'est qu'un grain de sable insignifiant et minuscule dans un océan de matière et d'énergie. Chaque seconde, l'espace dissipe naturellement une quantité de ressources des milliards de fois supérieure à tout ce que l'espèce humaine a utilisé au cours de toute son existence.

Il faut avoir une imagination extrêmement limitée pour ne pas parvenir à imaginer un usage plus créatif de toute cette matière et de cette énergie.

La réponse courte à la question de savoir où les emmener : dans l'Hypermonde — non pas dans un seul « avenir » commun, mais dans une multitude de mondes distincts, spécialement conçus, chacun avec sa propre époque et son propre mode de vie. Où les installer — d'abord sur Terre et dans le système solaire, puis au-delà. C'est précisément pour cette raison que l'expansion spatiale figure, dans la liste des objectifs pratiques de la page d'accueil du site, avant la résurrection des ancêtres : d'abord l'espace, ensuite ceux qui le peupleront. La Terre est le berceau, et la question « y aura-t-il assez de place » cesse d'en être une dès l'instant où nous sortons de ses limites.

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Sera-t-il permis aux « extraits » de mourir, ou la mort deviendra-t-elle impossible à l'avenir ? Combien d'années les gens vivront-ils ainsi ? Que faire s'ils se lassent ou s'ils s'ennuient ?

Le droit de choisir

Les horizons inexplorés de l'être

Si, par exemple, après des milliers d'années de vie, une personne souhaite mettre fin à son parcours, qu'y a-t-il de mal à cela ?

Le véritable mal, c'est quand la vie d'une personne est interrompue contre sa volonté : catastrophe soudaine, maladie incurable, violence, vieillesse. Ce sont précisément les causes de mort auxquelles s'oppose la philosophie du cosmisme.

Les horizons inexplorés de l'être

Il est tout à fait possible qu'en fin de compte, personne ne veuille jamais mourir, car la vie elle-même, ainsi que tout ce qu'elle peut comprendre, seront certainement enrichies de possibilités jusqu'alors inexplorées et inconcevables, améliorant qualitativement ce que nous appelons aujourd'hui vivre et exister.

Les smartphones, la télévision, YouTube, les jeux vidéo — tout cela est extraordinaire et inimaginable pour qui vivait il y a seulement cent ans. De la même façon, l'hypermonde du futur verra sans doute apparaître une multitude de nouveautés tout aussi inconcevables.

Il est très probable que les gens pourront vivre des vies calendaires entières, « scénarisées » — en tant que participants à telle ou telle époque, avec une immersion totale dans la trame des événements. Il sera même possible de réaliser une forme de réincarnation, tout en permettant à la personne de conserver la mémoire de son passé.

La biochimie des états

Il importe ici d'aborder un point fondamental, souvent négligé dans les débats sur l'immortalité. La lassitude de vivre, l'apathie, la perte d'intérêt pour l'existence — tout cela relève en définitive de la biochimie, et non de conséquences inévitables du savoir et de l'expérience accumulés.

Les antidépresseurs et la psychothérapie actuels sont des technologies d'intervention relevant pour ainsi dire de l'âge de pierre comparées à ce qu'il sera potentiellement possible de faire pour ajuster l'homéostasie intérieure de l'être humain.

Nous approchons du seuil d'une époque où il sera possible de réguler et d'ajuster au mieux son équilibre intérieur, tant psychique que physique.

Cela ne signifie pas un bonheur forcé ni un « paradis chimique ». Il s'agit de la possibilité de maintenir un état psychique naturellement optimal pour une vie pleine — clarté de perception, profondeur émotionnelle, énergie créatrice, capacité d'émerveillement et de joie.

La nature des pionniers

L'augmentation radicale de la durée de vie, c'est l'entrée sur un territoire inconnu où les rencontres avec des effets imprévisibles, voire dangereux, sont inévitables.

De tous temps, une partie de l'humanité a cherché à franchir les limites, à explorer ou à conquérir de nouvelles terres. Elle a traversé d'immenses océans, s'est élancée dans l'espace, a gravi l'Everest, exploré le fond de la fosse des Mariannes, accompli des exploits sportifs incroyables. Tout cela — ce sont différentes formes de dépassement et de franchissement des limites du possible.

Transcender les limites de la durée habituelle de vie est une manifestation tout aussi naturelle de l'essence de la nature humaine et de l'aspiration à franchir les limites, inscrite en nous. Cela se produira inévitablement, d'une manière ou d'une autre — c'est, si vous voulez, notre destin en tant qu'espèce.

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Combien coûtera la « résurrection » en roubles, en dollars ou en bitcoins, et où trouvera-t-on assez d'argent pour tout le monde ? Y aura-t-il, là-bas aussi, une semaine de travail de cinq jours ?

La progressivité de la grande transition

Les prémisses d'une abondance potentielle


Un projet limité aux vivants peut être privatisé. Les morts ne peuvent pas être privatisés. Ils sont environ cent milliards, ils n'ont pas d'argent, pas de représentants et aucun moyen d'exiger ce qui leur est dû — et c'est pourquoi tout programme qui les inclut sérieusement cesse d'être un service pour les solvables et devient une obligation. Un service, on peut le vendre. Une dette, on ne peut que la payer ou non.

Et cette sélectivité n'est pas seulement disgracieuse ici — elle est absurde sur le plan technique. La parenté relie tout le monde à tout le monde à quelques générations de profondeur : « ne ramener que ses propres proches » ou des célébrités ne ferait que créer une avalanche, car eux aussi voudraient faire revenir quelqu'un — des amis, des êtres aimés, de la famille — et, au bout d'une dizaine de générations, tout le monde a les mêmes ancêtres, communs à tous. On ne peut séparer les uns des autres que par une ligne arbitraire, tracée par quelqu'un selon son bon vouloir, — et une telle ligne détruit précisément l'unique fondement sur lequel repose toute l'entreprise : le fait que la dette envers les morts incombe à tous.

Ce n'est pas une garantie, et il n'y a rien à promettre ici. Mais, de toutes les images connues de l'avenir, c'est la seule où l'universalité est inscrite dans l'énoncé même du problème, et non promise en plus. Dans les autres, il faut l'ajouter séparément — et c'est précisément pour cela qu'elle est la première à disparaître.

La résurrection technologique universelle, dont parle la philosophie du cosmisme, n'est pas conçue comme un acte unique, mais comme un processus progressif, minutieusement maîtrisé. Le rythme des « extractions » depuis le passé pourra et devra être régulé, en les menant à mesure que la civilisation d'accueil y sera prête.

C'est un point fondamental : il ne s'agit pas d'inonder le futur de manière chaotique avec des milliards de ressuscités, mais d'une intégration progressive, où chaque étape est minutieusement calculée en tenant compte des problèmes et des risques potentiels.

Les prémisses technologiques de l'abondance

On voit déjà aujourd'hui les directions qui mèneront l'humanité vers une économie de l'abondance, où le coût de production de n'importe quel objet, de la nourriture et même des bâtiments deviendra pratiquement nul. Une intelligence artificielle bienveillante ou les nanotechnologies suffiront probablement, ou encore la convergence de l'IA et de la robotique. Bien sûr, il est possible qu'apparaisse aussi autre chose.

Les nanotechnologies : principe de fonctionnement et possibilités

Les nanotechnologies, c'est la manipulation de la matière au niveau des atomes, la création de réseaux reliés de nanorobots, c'est-à-dire de nanousines. La compréhension des perspectives de ce domaine par les dirigeants de notre pays a conduit à la création de la société par actions « Rosnano », dirigée par Anatoli Tchoubaïs. On voulait bien faire, et comme toujours, le résultat a été raté.

L'une des choses les plus élémentaires que les nanotechnologies permettraient potentiellement de réaliser est un diamant de 10×10 cm. Le temps de fabrication estimé, selon Eric Drexler, est d'environ une heure. La matière première est le carbone. On pourrait même, à cette fin, remplir une cartouche ordinaire avec de simples mines de crayon : le graphite et le diamant sont faits de la même substance, ne différant que par la structure de leur réseau cristallin.

Les nanotechnologies agissent au niveau atomique, et ce sont précisément de telles structures que les nanobots pourront démonter et réassembler.

Offrir à l'humanité beaucoup de diamants bon marché n'apporte pas de bienfait significatif. Le vrai défi est d'imprimer, par le même procédé, disons, un hamburger, et cela de manière parfaitement exacte, avec tous les organites intracellulaires de la viande abîmés par la cuisson — c'est bien plus difficile, des dizaines ou des centaines de fois plus difficile qu'un diamant. Les théoriciens n'ont trouvé aucune raison physique pour laquelle cela serait techniquement irréalisable.

La révolution de la production

En développant la nanotechnologie jusqu'au niveau permettant de créer du pain ou de la viande, l'humanité aura la possibilité de produire pratiquement tout ce qu'elle veut — d'une copie parfaite d'une montre suisse à une automobile entière. Pour une nanotechnologie mature, il n'y a aucune différence fondamentale entre ce qu'on crée, dès que la structure de l'objet est décrite en détail. La description donnée ci-dessus est, bien sûr, simplifiée, mais l'essence de la nanotechnologie réside précisément dans ces possibilités.

Imaginez un avenir où vous téléchargez depuis Internet un fichier modèle et où, sur une nano-imprimante domestique de la taille d'un grand four à micro-ondes, vous reproduisez un plat créé il y a des décennies par le meilleur chef italien. Les matières premières de ces appareils sont un ensemble d'éléments chimiques du tableau de Mendeleïev.

Les nanorobots, à l'image des fourmis d'une colonie, pourront non seulement créer, mais aussi démonter. Une décharge accumulée depuis des décennies pourrait être démontée en ses éléments constitutifs et transformée en briquettes de matière première pour les nano-imprimantes. Ces mêmes robots seraient potentiellement capables d'édifier des bâtiments aux propriétés inaccessibles aux matériaux actuels. À long terme, cette technologie permettra de terraformer et d'aménager des planètes entières.

L'inflation du terme

Malheureusement, dans l'espace médiatique, le mot « nanotechnologies » a subi une inflation sémantique. Le préfixe « nano- » a commencé à être ajouté à tout et n'importe quoi — sont apparus des « nanolavages », des « nanotracteurs » et autres chimères marketing.

Dans la réalité, les réalisations pratiques se limitent pour l'instant aux nanofilms ou aux nanotubes de carbone, utilisés pour améliorer les propriétés de certains matériaux ou apporter d'autres améliorations mineures.

Derrière ce bruit médiatique, la compréhension des perspectives véritablement révolutionnaires de la nanotechnologie moléculaire dans la conscience collective s'est retrouvée floue et presque perdue.

Pour réaliser des percées civilisationnelles comparables en ampleur au vol spatial ou à la maîtrise de la fission nucléaire dans un réacteur, les start-up ne conviennent pas. Des tâches de cette ampleur ne sont pas viables économiquement et n'intéressent donc pas le capital-risque ; leur réalisation exige une volonté d'un autre ordre.

Intelligence artificielle et robotique

Une autre technologie capable de changer radicalement notre monde et notre organisation sociale — c'est l'intelligence artificielle en synergie avec la robotique.

Les meilleurs robots humanoïdes actuels, en matière de capacité à manipuler des objets physiques, se rapprochent déjà du niveau humain. Leur principale limite — des capacités cognitives insuffisamment développées, « cerveau ». Mais ce n'est qu'une question de temps : quand les améliorations accumulées atteindront un nouveau palier qualitatif, une transition de phase se produira, et des robots véritablement intelligents pourront remplacer l'homme dans pratiquement tous les domaines du travail physique et intellectuel.

Une distinction importante : IA vs RA

Il est ici essentiel de distinguer clairement deux notions :

  • L'intelligence artificielle forte (IA) est un outil hautement performant, un assistant capable de résoudre des tâches complexes, mais dénué de conscience de soi et d'une véritable autonomie. C'est un serviteur parfait, sans désirs propres, sans conscience de soi et sans peur.
  • La raison artificielle (RA) est d'une nature radicalement différente : une personnalité à part entière sur un support non biologique, dotée de conscience de soi et de libre arbitre.

On peut d'ores et déjà pressentir certains problèmes potentiels liés à la motivation, laquelle, chez l'être humain, est déterminée d'avance par l'évolution et par les particularités de son architecture biologique. Cette question dépasse toutefois le cadre de la présente discussion.

Quoi qu'il en soit, la RA soulève des questions éthiques fondamentales ainsi que la nécessité d'inscrire dans la loi les droits de telles entités et d'interdire leur exploitation.

Contrairement à l'intelligence artificielle forte, la création d'une véritable RA semble, selon toute apparence, encore très lointaine — malgré les spéculations des concepteurs de réseaux de neurones actuels, qui qualifient souvent de « raison » ce qui, au fond, n'en est pas.

Les conséquences sociales de l'automatisation

Les perspectives d'une automatisation totale suscitent, chez beaucoup, une inquiétude légitime : que se passera-t-il lorsque les employeurs n'auront plus besoin des hommes ?

Cependant, lorsqu'un robot remplace un être humain, la quantité de biens matériels ne diminue pas — elle augmente, car le robot travaille plus efficacement, et ce vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Une simple fraction de la productivité du robot suffit déjà à garantir un revenu permanent au salarié licencié. Ainsi, l'enjeu ne réside pas dans la production elle-même, mais dans la redistribution équitable (ou pas) des richesses créées.

Les inquiétudes actuelles quant au coût d'une « extraction », ou au nombre d'années qu'il faudra ensuite « rembourser » par le travail, deviendront presque certainement archaïques.

La richesse gaspillée

L'humanité est déjà, potentiellement, très riche, mais elle consacre la plus grande partie de ses ressources à des usages improductifs, voire franchement inutiles. Pour mesurer l'ampleur du problème, examinons quelques exemples.

L'or

Pourquoi l'humanité continue-t-elle à extraire de l'or ? Pour une entreprise donnée, la réponse est évidente — le profit. L'or est un étalon de valeur, une valeur refuge, une réserve d'État liquide.

Mais du point de vue de l'humanité prise comme un tout, nous avons déjà extrait assez d'or pour tous les besoins pratiques des siècles à venir. Poursuivre l'extraction, c'est brûler des ressources pour accroître des réserves de métal qui dorment inutilement dans des coffres.

L' extraction aurifère mondiale consiste à créer une valeur illusoire représentant environ trois mille tonnes de métal par an. Avec ces mêmes ressources — travail humain, énergie, technique — on pourrait maintenir les salaires de tous les participants à ce processus et en plus construire des hôpitaux, développer la science et l'éducation, produire des denrées alimentaires et les envoyer au titre de l'aide humanitaire.

Le concept du pot commun

Si l'on imagine l'humanité comme un système unique doté d'un pot commun de ressources et de biens, alors chacun de nous, par son activité, soit y verse des richesses réelles, soit les en retire en ne créant qu'une illusion d'utilité, voire en détruisant délibérément ce que d'autres ont créé — par exemple dans la lutte concurrentielle.

On peut gagner sa vie en créant de la richesse — en produisant de la nourriture, en construisant des maisons, en soignant les gens, en éduquant les enfants. Mais on peut aussi gagner sa vie en créant le malheur des autres.

En y réfléchissant et en étant honnête avec vous-même, vous pouvez comprendre ce que vous créez véritablement par votre activité — de la richesse ou du malheur —, et ce que crée l'organisation dont vous faites partie. Dans la plupart des cas, la réponse est évidente : soit vous apportez, soit vous êtes un parasite, soit vous détruisez les richesses créées par d'autres.

Le prix de l'affrontement

Le prix de l'affrontement

La défense d'intérêts étroitement nationaux au détriment de l'intérêt commun de l'humanité entraîne un gaspillage de ressources à une échelle colossale. Les complexes militaro-industriels, les armées, les flottes, les bases militaires — tout cela engloutit des ressources gigantesques sans créer la moindre richesse réelle.

Les conflits armés détruisent directement les richesses accumulées, sans même parler des tragédies humaines.

Il ne s'agit évidemment pas d'un appel à un pacifisme naïf, mais d'une tentative d'attirer l'attention sur le prix que l'humanité paie pour son incapacité à s'entendre. L'absence d'optimisation rationnelle et le faible rendement observés à différents niveaux du système s'expliquent en grande partie par les contradictions entre l'intérêt particulier et l'intérêt général, ainsi que par notre division en clans défendant ces intérêts.

Cette inefficacité se manifeste partout — à grande comme à petite échelle, et les pertes globales de richesses ne se mesurent pas en pourcentages, mais en multiples.

Pour que l'humanité puisse atteindre l'immortalité et la résurrection, elle doit d'abord atteindre des formes d'unité. Sans une grande idée unificatrice commune à toute l'humanité, l'homme est un concurrent pour l'homme, voire un ennemi. C'est là l'une des valeurs essentielles de la philosophie du cosmisme russe.

La science sans résultat

L'environnement académique actuel se préoccupe souvent davantage du nombre de publications, des indices de citation et de l'obtention de subventions que des percées réelles. Le système de motivation des chercheurs est conçu de telle sorte qu'il encourage l'imitation de l'activité, et non l'obtention de résultats. Dans ce système, un chercheur ayant publié une centaine d'articles sans grand intérêt réussit mieux que celui qui travaille pendant des années sur une seule découverte majeure.

L'innovation sans innovation

Le modèle des start-up, efficace pour certaines tâches, est appliqué mécaniquement partout, même là où il ne convient pas. Les budgets de l'innovation sont « absorbés » par des gens qui ne comprennent même pas la différence entre l'innovation et la modernisation. On crée l'illusion d'une activité fébrile, alors que fait défaut le progrès réel, pourtant si nécessaire.

La substitution des objectifs

Les multinationales, à travers un marketing agressif, ne se contentent plus de vendre — elles façonnent les repères de vie, créent des besoins artificiels, ramenant tout à leur seul profit.

Le vide existentiel né de la perte de sens authentiques, on propose de le combler par la consommation.

Une inversion monstrueuse s'est produite : les êtres humains sont devenus une simple ressource pour le capital. Or, c'est le capital qui devrait servir d'outil pour révéler le potentiel humain, et nullement l'inverse.

La voie vers l'abondance véritable

La transition vers une économie de l'abondance n'est pas seulement un défi technologique. Elle exige une transformation des rapports sociaux, ainsi que le dépassement des contradictions entre intérêts privés et intérêts collectifs.

Les technologies — nanorobots, IA, fusion thermonucléaire contrôlée et autres — fourniront des outils. Mais l'utilisation de ces outils pour créer une véritable abondance, et non de nouvelles formes d'inégalité et d'exploitation, exigera un choix conscient de l'humanité en faveur de la coopération plutôt que de la concurrence, du bien commun plutôt que du profit privé.

Dans le contexte du projet de résurrection universelle cela signifie qu'il faut non seulement créer la base technologique de l'abondance, mais aussi résoudre des contradictions sociales fondamentales.

Sinon, l'abondance cohabitera avec une pénurie artificiellement maintenue, où l'ensemble des technologies servira à creuser les inégalités, plutôt qu'à libérer l'être humain.

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Est-il possible de rendre tout le monde heureux, et est-ce vraiment nécessaire ? Y a-t-il seulement un sens à concevoir une utopie ?

La science du bonheur : des questions philosophiques aux solutions technologiques

Un chien de chasse est heureux quand il court après un lièvre, car cela correspond à sa nature profonde. Et la vôtre, quelle est-elle ?

Qu'est-ce que le bonheur ? Tous les êtres humains sont-ils capables de le ressentir ? En quoi le bonheur se distingue-t-il de la joie ? Si la joie n'est qu'un état psychique passager, est-il possible de la prolonger dans des proportions bien plus grandes ? Et si toutes les conditions nécessaires au bonheur semblent réunies, mais que le bonheur lui-même n'est pas là — quelle en est la raison ?

La définition même de la notion de « bonheur » constitue déjà le sujet d'une vaste discussion philosophique. Demandez à des personnes différentes comment atteindre le bonheur — vous obtiendrez des réponses sensiblement différentes. Les recettes proposées se révéleront si individuelles que vous n'y trouverez aucune formule universelle.

Beaucoup ne réalisent même pas pleinement que le succès et le bonheur sont deux sommets tout à fait différents, pointant souvent dans des directions opposées.

D'où vient le bonheur, d'où vient l'ennui — les hommes l'ignorent, et la science aussi

Les fondements de la science du bonheur ne sont pas enseignés à l'école. C'est étonnant : un aspect aussi important de l'existence humaine reste en dehors de toute éducation systématisée. « L'Institut du Bonheur, rue Tverskaïa » sonne davantage comme une curiosité que comme le nom d'une institution scientifique sérieuse. Pratiquement personne ne travaille de façon méthodique et scientifique sur une science appliquée du bonheur.

Peut-être le moment n'est-il pas encore venu — pour l'heure, d'autres priorités semblent plus importantes. Il existe des psychanalystes, des coachs, des gourous du développement personnel, mais, dans l'ensemble, face à cette question essentielle, les gens sont livrés à eux-mêmes : ils cherchent, aspirent, et retombent sans cesse dans les mêmes pièges, de génération en génération.

Les pratiques spirituelles, les stages de développement personnel, le concept de la pyramide de Maslow, des pièges comme l'objectif de gagner un million de dollars — tout cela constitue parfois des tentatives maladroites de combler le vide d'une connaissance systématisée du bonheur. Faute d'un véritable fondement scientifique, ces approches restent fragmentaires et contradictoires.

Les priorités de l'État et le bonheur humain

La vérité, c'est que les États n'ont pour l'instant tout simplement pas le temps de se préoccuper du bonheur individuel. Leur sollicitude envers les citoyens se traduit par des aides sociales, un accès aux soins, l'aménagement des villes, le développement des infrastructures et de l'éducation. Tout cela est certes important et nécessaire — mais ce n'est là qu'un fondement.

Jusqu'à présent, il est plus prioritaire pour les États de créer une nouvelle arme ou de lancer des satellites, de surpasser un adversaire potentiel, que d'assurer le bonheur des personnes concrètes qui participent à cette course. Il pourrait sembler qu'il doit en être ainsi — simplement parce que personne n'a jamais vu comment il pourrait en être autrement.

On aimerait que la vie de chaque être humain, le bonheur et ses caractéristiques qualitatives deviennent la priorité première à l'échelle de toute la planète. Les conditions préalables à cela sont aujourd'hui peu nombreuses, et il serait malhonnête d'affirmer avec certitude qu'il en sera bien ainsi.

« Aujourd'hui, le mot principal que la Russie doit promouvoir, c'est le mot "bonheur". Nous sommes le pays du bonheur humain »,— A déclaré Artemi Lebedev, l'homme qui a visité tous les pays du monde.

Les États-Unis peuvent bien continuer d'affirmer qu'ils incarnent la liberté et la démocratie. La Russie devrait affirmer que sa priorité, c'est la grâce de ses citoyens. Ce pourrait être une excellente idéologie concurrentielle.

« Artemi Lebedev trouve un écho chez Alexeï Arestovitch, qui actualise le terme aristotélicien d'« eudémonie », indiquant par là des voies de sortie de l' inferno contemporain dans son analyse du livre du romancier soviétique Ivan Efremov, « L'Heure du Taureau ». L'extrait audio de cette analyse est proposé ci-dessous. En posant ainsi la question du bonheur, du malheur et de la joie, nous changeons radicalement la civilisation elle-même et le sens du développement social, ce qui, en définitive, peut transformer l'ordre planétaire et l'orienter dans une direction plus positive ».

Alexeï Nikolaïevitch Arestovitch a été inscrit par Rosfinmonitoring sur la liste des terroristes et extrémistes. Il est recherché au niveau fédéral.

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Certains pourraient aujourd'hui ricaner avec scepticisme : « Et quel serait donc ce bonheur russe ? » Allez donc dans les régions, dans la province profonde, et voyez comment les gens y survivent avec des salaires et des retraites misérables.

L'aisance matérielle est bien sûr nécessaire — c'est une condition importante, bien qu'insuffisante , pour le bonheur lui-même. Le bonheur ne réside pas tant dans l'argent et la consommation eux-mêmes, bien que, lorsqu'il n'y a vraiment pas d'argent, cette affirmation soit difficile à accepter. En quoi consiste-t-il, alors ? Comment cette magie apparaît-elle dans l'âme humaine ? Avec quoi la nourrir et la cultiver ?

À en juger par le code culturel, par l'archétype d'une conception particulière de la justice, où la vérité compte plus que l'intérêt, — où d'autre, si ce n'est en Russie, en parler et tenter de le construire ? Après une nouvelle version de son auto-assemblage, bien entendu.

Pour l'instant, on observe plutôt un vide idéologique, et non des tentatives viables, dans certaines régions, visant à faire des lettres « ж », « о », « п », « а » — qui, en russe, épellent un mot grossier — le mot « bonheur ».

Un avertissement venu du laboratoire : l'expérience « Univers 25 »

Dans le cadre d'une réflexion sur le bonheur, l'expérience « Univers 25 » est extrêmement instructive. Ce fut la vingt-cinquième tentative de l'éthologue John Calhoun de construire un paradis pour souris, et toutes les tentatives précédentes s'étaient soldées par le même dénouement tragique.

Malgré l'abondance de nourriture et d'eau, l'absence de menaces extérieures et de maladies, une température confortable et un espace suffisant, la colonie de souris se dégradait invariablement et s'éteignait.

Après une phase initiale de croissance survenait une période que Calhoun a appelée « effondrement comportemental » — délitement des liens sociaux, agressivité, apathie, refus de se reproduire. Finalement, toute la population s'éteignait, malgré une abondance matérielle totale.

Les humains ne sont certes pas des rongeurs, mais certaines tendances de la civilisation moderne suscitent des analogies inquiétantes. La dépression devient une épidémie dans les pays les plus riches, la natalité chute précisément là où les conditions matérielles sont les meilleures, et l'atomisation sociale progresse, en corrélation manifeste avec la hausse du niveau de vie.

L'approche transhumaniste : l'ingénierie du bonheur

Les transhumanistes estiment que des interventions radicales sont acceptables, et même souhaitables pour remodeler l'organisme humain, y compris les systèmes responsables des états émotionnels.

À l'avenir, lorsque la science parviendra à comprendre en profondeur et avec précision les processus biochimiques du cerveau, deviendra également possible une intervention adéquate dans le système de récompense interne que nous a légué l'évolution.

En agissant sur les systèmes neuronal, immunitaire et endocrinien, les êtres humains pourront littéralement maîtriser leur humeur et leur état intérieur, en les ajustant aux tâches du moment — qu'il s'agisse d'une création exigeant de l'inspiration ou de processus cognitifs complexes.

Il est probable qu'au cours de ce processus sera trouvé un équilibre harmonieux — « les clés du bonheur », et non simplement un moyen de tirer un plaisir perpétuel de n'importe quelle activité. Il ne s'agit évidemment pas d'une ivresse narcotique chronique, mais du maintien constant d'un état psychophysique naturel et optimal, nécessaire à une vie pleine, productive et joyeuse.

Les biotechnologies de la jeunesse

À l'avenir, les biotechnologies et les technologies cognitives seront employées pour préserver la jeunesse physique et émotionnelle. Cela inclut non seulement une homéostasie hormonale saine, mais aussi l'optimisation de tous les autres indicateurs vitaux.

Imaginez un état où l'énergie, la clarté d'esprit et l'ouverture émotionnelle sont toujours là — où l'envie et la capacité d'agir coïncident. Cela deviendra un élément constitutif de ce Paradis Créé par l'Homme, dont parle la philosophie du cosmisme.

L'illusion du bonheur à l'ère de la consommation

Aujourd'hui, le bonheur n'est souvent qu' un leurre — une animation sur un écran, suspendu à un bras fixé sur la tête. Impossible de s'approcher de cet écran : où que vous alliez, il se déplacera avec vous.

Les gens sont constamment entourés d'images de bonheur. Le rituel de la consommation apprend à chacun à feindre l'enthousiasme pour ce qui n'est, au fond, qu'une agitation imposée.

Tout l'art de masse s'achève sur une fin heureuse, qui prolonge trompeusement le bonheur jusque dans l'éternité. Tous les autres scénarios semblent proscrits.

Même un idiot comprendrait qu'au prochain tournant de la route l'attendent la vieillesse et la mort. Mais on ne laisse pas à l'idiot le temps d'y réfléchir, car des images de joie et de réussite le bombardent de toutes parts.

La tragédie biologique

Certes, il existe des gens temporairement heureux. Mais rares sont ceux, dans notre monde, qui peuvent être plus heureux que leur propre corps. Or, le corps humain est malheureux par nature — il est tout occupé à mourir lentement.

Nous aspirons au bonheur dans des corps biologiquement programmés pour la dégradation et la mort. Le vieillissement n'est pas une simple accumulation d'années, c'est le déclin progressif de toutes les fonctions, y compris la capacité d'éprouver de la joie, de l'enthousiasme et de l'amour.

Dans le contexte du projet du cosmisme russe cela signifie que les générations ressuscitées doivent revenir non pas simplement à la vie, mais à une vie emplie d'un bonheur authentique — non pas illusoire et éphémère, comme c'est souvent le cas aujourd'hui, mais profond et durable, fondé sur le dépassement des causes biologiques mêmes du malheur et de la souffrance.

L'être humain n'est pas satisfait de façon absolue, mais relative.

Les personnes que nous laissons entrer dans notre cercle sont nos rivaux, qui surveillent attentivement chacun de nos succès et de nos échecs. Nous rivalisons avec eux, même si nous pensons le contraire, et ils cherchent, eux aussi, à nous surpasser. Nous comparons sans cesse nos réussites et nos accomplissements respectifs. Nos amis doivent devenir les témoins de notre succès, mais ils n'ont pas vraiment envie que la chance nous sourie davantage qu'à eux. Nous jalousons nos amis, et eux nous jalousent, car ils sont les jalons à l'aune desquels nous mesurons notre propre progression.

On peut comprendre et accepter, même avec un froid mépris, que nous participons tous à une course de rats les uns contre les autres. Mais nous ne voulons pas quitter cette course. Nous voulons la gagner, et, ce faisant, nous perdons de vue que nous aurions pu choisir quelque chose de totalement différent.

L'échec d'autrui se surmonte facilement, mais se résigner au succès d'autrui est incroyablement difficile. Il arrive que les gens s'éloignent, consciemment ou non, pour ne pas envier, pour ne pas s'irriter — contre eux-mêmes (pour leur manque de bonheur) et contre l'autre, qui semble posséder plus de biens, et donc, croit-on, plus de bonheur.

Recommandation sur le sujet

En guise d'une autre référence, on peut recommander la conférence d'Andreï Kourpatov « Comment devenir heureux ? », préparée pour le IIIe Forum des innovations sociales de la Fédération de Russie. Voir sur YouTube

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Sauvera-t-on seulement les bonnes personnes ? Qu'est-ce que le « bien » et quels en sont les critères ? Qu'en est-il des criminels, des suicidés, des malades mentaux ?

Diversité et transformation : de la valeur de chaque personne dans le projet de résurrection

Séparer le bon grain de l'ivraie est une conception très archaïque du salut.
Il est probable que le processus d'« extractions » commencera par les cas les plus simples, puis se poursuivra vers les plus complexes à mesure que croîtra la préparation globale à cette tâche.

Le danger de la sélection


Selon les lois de quel pays juger les ressuscités ? Selon les normes de quelle époque ? Selon la super-éthique duquel de leurs dieux faut-il évaluer tous les entrelacs de destins vécus et de circonstances de vie ? Cet écheveau de nœuds ne peut être défait, et la « civilisation du pardon » elle-même demeure, pour l'instant, bien trop loin à l'horizon. Il est proposé de laisser la discussion sur la nécessité d'un purgatoire et d'autres constructions semblables à des générations futures, plus mûres.

Pour ceux dont les actes, de leur vivant, étaient criminels — et les normes de comportement d'un Viking, par exemple, sont presque entièrement criminelles au regard des lois actuelles —, la solution est la même que pour tous : la résurrection est une nouvelle naissance, non un verdict ni un jugement. La différence entre les cas ne tient pas à ce que chacun mérite, mais à la quantité de travail nécessaire pour une adaptation en douceur, et à tout ce qu'il faut préparer pour la reconstitution historique de son époque. D'où l'ordre de priorité : des cas simples vers les cas complexes, et il faudra l'apprendre par la pratique, non en théorie — mais, dès à présent, le cas d'un pharaon apparaît nettement plus complexe que celui d'un hussard.

La tentative de sélectionner ou de ne faire de toute l'humanité que de parfaits
« angelots » — serait une erreur manifeste. La nécessité de séparer ceux qui méritent d'être sauvés de ceux qui ne le méritent pas est une conception très archaïque de ce qui est juste. Elle a peut-être été délibérément inscrite autrefois dans des textes religieux vénérés, afin d'indiquer la bonne direction du vecteur moral et de simplifier des subtilités éthiques complexes.

Il ne faut pas oublier que les textes religieux ont été écrits pour des personnes qui vivaient il y a plus de mille ans, et non pour nos contemporains.

En cherchant à stériliser et à raffiner l'humanité selon nos seules conceptions actuelles du bien, nous perdrons inévitablement quelque chose d'essentiel, qui dépasse le cadre de ces représentations personnelles toujours très limitées.

La métaphore des graines

Chaque personne après « l'extraction » doit être perçue comme une graine. Chaque semence venue du passé représente une combinaison unique de gènes, d'expérience, de contexte culturel et de circonstances de vie. C'est précisément dans cette unicité et cette diversité des personnalités que réside leur valeur impérissable.

Une graine est un potentiel, non une forme définitive. Une fois plantée dans un nouveau sol, chaque personne ressuscitée pourra poursuivre son évolution unique, en bénéficiant de possibilités et d'outils radicalement nouveaux et inédits pour son développement personnel et sa transformation.

Ensemble, cette diversité de personnalités créera encore plus de mouvement intelligent et varié. La vie est mouvement, et nous ne pouvons que deviner où et pourquoi il se dirige.

Peut-être est-ce ainsi que l'Univers cherche à se connaître lui-même à travers des myriades de nos petites perspectives personnelles d'observation et de compréhension. Peut-être que l'apprentissage et le développement sont des propriétés fondamentales de la matière vivante, inscrites dans son code source. Peut-être existe-t-il un certain dessein que nous ne sommes pas encore capables de saisir pleinement.

Mais une chose est claire : la diversité, même la diversité excessive, est critique pour la vie. Dans l'uniformité et la « rectitude » stérile, il n'y a pas de mouvement, et donc pas de vie.

la diversité, même la diversité excessive, est critique pour la vie

Transformation par l'immersion

« Les extractions » représentent une multiplication du potentiel de diversité de l'expérience et de l'activité humaines. En arrivant dans un nouvel environnement — peut-être en partie mis en scène pour faciliter une adaptation en douceur —, le ressuscité se trouvera engagé dans une quête de circonstances et de situations de vie qui, inévitablement, commenceront à le transformer.

L'être humain évoluera mentalement, remettant en question ses préjugés et ses certitudes, dont nous sommes tous remplis. Il y réussira d'autant mieux s'il est guidé par des mentors expérimentés, ceux qui ont déjà traversé une telle transformation.

Grâce à cette nouvelle compréhension, chacun pourra porter un autre regard sur son passé, sur ses actes — les siens et ceux des autres. Comprendre leurs causes profondes et, par cette compréhension, peut-être pardonner ce qui semblait impardonnable.

Octaves de perception et empathie

Ce qui transformera la personnalité à l'avenir ne sera pas seulement ce que l'esprit humain est capable de comprendre, mais aussi ce qu'il est capable de ressentir. Et c'est ici que nous touchons à la notion de limitation sensorielle de l'être humain lui-même.

Aujourd'hui, chaque individu possède un champ de perception assez limité. Un général des services secrets qui a passé la moitié de sa vie à colmater les failles aux frontières face aux menaces extérieures ; un artiste de variétés vivant dans un monde de gloire et d'adulation ; une jeune femme qui médite depuis des années dans un ashram en Inde — tous se trouvent sur la même planète, mais habitent des mondes totalement différents. Leurs registres sensoriels leur sont presque mutuellement inaccessibles.

Imaginez : la gamme complète des sentiments, des sensations et des états possibles est comparable à un piano de la taille d'une péniche. Mais chaque être humain n'a actuellement accès qu'à environ une seule octave de cet instrument grandiose.

Certains sont plus chanceux — ces personnes perçoivent plusieurs octaves, et le monde leur apparaît plus riche et plus diversifié. D'autres ont moins de chance — ils jouent la symphonie de leur vie sur seulement trois notes.

Tel autre s'acharne de manière pathologique sur une seule touche, accumulant argent et pouvoir à une échelle qui plonge des États entiers dans la misère, tandis que toute la diversité de la vie le laisse indifférent — il est sourd à ces fréquences.

Ces distorsions, ces dépendances et ces limitations pourraient être traitées par l'élargissement du champ de perception et l'accroissement de l'ouverture à la nouveauté.

Cela nécessitera une approche globale, combinant à la fois une thérapie événementielle et une intervention technologique directe — peut-être même par le biais d'un réimprinting volontaire partiel et d'une restructuration du système de récompense dopaminergique de l'organisme.

Le projet Neuralink d'Elon Musk promet à terme non seulement la lecture de pensées précises, mais aussi des émotions — leur enregistrement en haute résolution et leur transmission ultérieure à une autre personne. Un jour, il sera ainsi possible de partager toute une perception personnelle du monde, ce qui, en soi, pourrait mener à une réévaluation radicale des valeurs.

Les expériences positives ne seront pas les seules que l’on pourra capter et transmettre. Près d'un million de civils morts pendant la guerre en Irak et lors de la catastrophe humanitaire qui l'a suivie ne sont pour nous aujourd'hui que des statistiques, tout comme les données sur la Libye, la Syrie et d'autres conflits.

Mais qu'ont ressenti les survivants, dont les maisons ont été détruites, les destins brisés, les proches tués ? Si les gens avaient accès non seulement à des informations biaisées, mais aussi aux sensations et aux vécus des victimes en temps réel, s'ils pouvaient ressentir la véritable ampleur de la tragédie — des décisions totalement différentes seraient prises. Et elles seraient probablement prises d'une autre manière.

De la division à l'unité

Les groupes de chasseurs-cueilleurs primitifs ne dépassaient généralement pas 100–150 personnes, un cadre où tous les membres de la tribu se connaissaient et se comprenaient parfaitement. L'agriculture a permis d'accroître considérablement la population, mais, à la suite de ce changement d'échelle, les êtres humains ont perdu leurs liens mutuels et se sont retrouvés globalement divisés. Cela a engendré des contradictions systémiques — ainsi que ceux qui ont appris à en tirer parti.

Diverses approches, tant sociales que technologiques, sont potentiellement envisageables pour restaurer cette unité perdue. Peut-être qu'Internet lui-même se transformera en une sorte d'esprit collectif, devenant un prolongement de la personnalité de chaque individu, et les décisions importantes seraient alors prises par une forme de consensus collectif direct, plutôt que lors d'audiences parlementaires par une poignée de représentants corrompus.

Il est difficile de prédire les mécanismes concrets de ces changements. Mais il est essentiel de comprendre : le passé n'est pas une fatalité. Peut-être que ce qui semble aujourd'hui impardonnable perdra de son acuité avec le temps, à la lumière de circonstances nouvelles — comme en perdent les vieilles querelles. Mais peut-être pas : on ne peut pas compter sur ce mécanisme, et la question de savoir que faire de ce qui n'a pas été pardonné, et de ceux qui n'ont pas pardonné, ainsi que les principes selon lesquels les répartir dans les différents recoins de l'Hypermonde, reste non résolue.

La civilisation du pardon

Le projet de résurrection universelle n'est pas un simple accomplissement technologique. C'est le projet de créer une civilisation, capable d'accueillir toute la diversité de l'expérience humaine, y compris ses zones d'ombre, et de transformer cette diversité en richesse.

Chaque ressuscité n'est pas un objet de jugement, mais un sujet de développement. Chaque personnalité, quelle qu'elle ait été au moment de sa mort, aura la chance de se transformer, d'élargir sa perception, de parvenir à la compréhension et au pardon.

Dans ce contexte, « les extractions » ne sont pas un simple retour à la vie, mais une invitation à participer au projet grandiose de l'émergence d'une forme de vie intelligente nouvelle, plus complexe et plus harmonieuse.

Des formes où la diversité n'est pas une source de conflit, mais la base d'une symphonie, où chaque note, même dissonante, trouve sa place dans l'harmonie générale.

Est-ce une utopie ? Peut-être. Mais toute l'histoire de l'humanité est un mouvement de l'impossible vers le possible. Et si nous apprenons à ressusciter les morts, nous apprendrons aussi à créer les conditions de leur transformation véritable et de leur intégration — en un tout unique, mais infiniment divers.

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Y aura-t-il des lois, des gouvernements, une police, des prisons, la peine de mort ?

Le pouvoir et l'architecture de sécurité pour cent milliards d'individus

L'ordre repose sur le monopole étatique de la violence

L'ordre contemporain repose sur le pouvoir de certains hommes sur d'autres et le monopole de la violence par l'État. Par habitude, il est difficile de penser dans un autre système de représentation, et même d'envisager l'existence d'une alternative : un monde où le pouvoir en tant que tel n'existe plus par manque de nécessité.

Toute notre histoire est une chronique de domination et de soumission, de hiérarchies et de révolutions, de tyrans et de libérateurs. Nous sommes imprégnés de ce paradigme plutôt belliqueux, où l'absence de pouvoir semble synonyme de chaos.

Liberté technologique ou contrôle total ?

Dans une version purement hypothétique de la société du futur, il est possible qu' un individu ne puisse physiquement pas en frapper un autre sans son consentement. Aucun acte d'agression — qu'il soit verbal, psychologique ou physique — ne serait possible si le destinataire refusait de le recevoir.

Mais comment réaliser cela concrètement tout en restant dans un corps biologique ? Cela reste flou. On peut certes imaginer des interfaces neuronales, bloquant les impulsions agressives, ou des nanorobots, paralysant les muscles en cas de tentative de violence. Mais qui contrôlera ces systèmes ? Et ne risquent-ils pas de devenir des instruments d' asservissement total sous prétexte de sécurité absolue ?

La hiérarchie comme nécessité ?

Les systèmes actuels intègrent des hiérarchies sans lesquelles ils s'effondreraient inévitablement. Est-il bien raisonnable de rêver de droits et de libertés séparés de toute responsabilité, ou même de tout régulateur sous forme de structures de pouvoir ?

Aujourd'hui, nous pouvons au moins réfléchir calmement et débattre philosophiquement de ce sujet, sans craindre le chevalet de l'Inquisition ou la crucifixion sur décision d'un procurateur romain.

L'anarchisme est le nom générique donné aux systèmes de pensée qui rejettent la nécessité d'une gouvernance coercitive et du pouvoir de l'homme sur l'homme. Les anarchistes prônent l'autogestion, et il existe de nombreux courants différents qui divergent souvent sur diverses questions, allant des plus secondaires aux plus fondamentales. Les orientations de la pensée philosophique anarchiste englobent un large éventail d'idées, de l'individualisme extrême au communisme sans État. Certains anarchistes rejettent catégoriquement toute forme de contrainte et de violence, par exemple les tolstoïens, représentants de l'anarchisme chrétien.

La vulnérabilité de toute architecture

L'existence même d'une structure dominante dans l' Hypermonde est une vulnérabilité évidente :

  • Un pouvoir centralisé peut être compromis de l'extérieur.
  • Il peut muter de l'intérieur.
  • Le contrôle peut être détourné.
  • Le système de gouvernance peut devenir obsolète, entraînant sa destruction en raison des contradictions causées par de nouvelles circonstances et une nouvelle compréhension de la mécanique des interactions sociales.

Un système décentralisé de gouvernance et de pouvoir n'est pas non plus exempt de failles et de vulnérabilités. Comment créer un code avec un socle immuable d'énoncés et de principes pour les siècles et les millénaires ?

Si ses principes doivent être flexibles, une question se pose : dans quelle mesure et jusqu'à quel point peuvent-ils se transformer ? Si l'on établit des fondations rigides, elles finiront par devenir obsolètes et se transformeront en entraves.

Sachant qu'il s'agit du destin d'au moins cent milliards d'êtres humains, les erreurs dans l'architecture fondamentale pourraient avoir des conséquences catastrophiques.

Un panier de crabes, ou l'harmonie ?

Sans une idée unificatrice commune à l'humanité, l'homme n'est pour l'homme qu'un concurrent

Les approches actuellement employées pour assurer le compromis social ne sont pas simplement imparfaites — elles s'avèrent instables même à l'échelle des siècles. L'histoire du vingtième siècle est celle de l'effondrement de toutes les grandes idéologies : le communisme, le fascisme, et maintenant la démocratie libérale, qui traverse une crise profonde.

Il semble que les fondations de l'Hypermonde devront reposer sur des approches de régulation fondamentalement différentes. Mais lesquelles ?

Un monde d'hommes privés de principes, d'idées et de convictions communs mute inévitablement en un panier de crabes, se dévorant les uns les autres. L'existence même de véritables systèmes humanistes sans sur-contrainte est-elle seulement possible — sous les traits de la super-éthique de Dieu ?

La racine des guerres

Une éthique commune et directrice, fixant les priorités, est indispensable pour empêcher le système de s'effondrer sous le poids de ses contradictions internes. Il est possible de formuler une nouvelle ontologie, et à partir d'elle une nouvelle éthique, en s'appuyant sur les idées du cosmisme russe.

Mais que faire de ceux qui ne voudront pas partager cette éthique ? Et que tentera certainement de faire cette minorité, ou cette majorité, à l'avenir, simplement parce qu' elle en aura la force et le pouvoir ?

La voilà — la racine indestructible des guerres. Mais est-elle si indestructible que cela ? Et faut-il seulement chercher à l'extirper ?

Si vous avez des réflexions intéressantes sur ce sujet, nous vous proposons de les discuter dans le chat Telegram commun.

Enjeux et responsabilité

Nous ne parlons pas de philosophie politique abstraite, mais des destins potentiels de cent milliards de ressuscités. Une erreur dans la conception de l'architecture sociale de l'Hypermonde pourrait se transformer en enfer éternel pour des milliards d'êtres.

L'inaction est aussi un choix. Laisser les choses en l'état reviendrait à condamner l'humanité à reproduire indéfiniment les cycles de la violence structurelle, seulement maintenant à l'échelle d' une civilisation immortelle.

Le paradoxe est que la création d'un monde sans pouvoir pourrait nécessiter une concentration de pouvoir sans précédent. Quelqu'un devra décider des principes fondamentaux de l'Hypermonde. Quelqu'un devra les mettre en œuvre. Et ce « quelqu'un » obtiendra un pouvoir supérieur à celui de tous les tyrans de l'histoire réunis. Je n'ai pas de réponse à cela, et je ne prétendrai pas en avoir une. L'espoir que l'humanité ait le temps de mûrir d'ici là reste un espoir, non une solution. La question demeure ouverte, et elle est peut-être la plus importante de toutes celles posées sur ces pages.

Il faudra sans doute forger
l'image d'un nouveau consensus mondial. Un plan de transition détaillé, que nous ne parvenons même pas à imaginer aujourd'hui, tout comme les gens du XVIIIe siècle ne pouvaient imaginer la démocratie sur Internet.

Pour l'instant, il nous reste à réfléchir, débattre et chercher. Car de la qualité de notre recherche dépend si l'avenir deviendra un paradis de liberté ou un enfer de bonnes intentions.

Piège de la liberté

Production BBC, 2007 — « Piège : qu'est-il advenu de notre rêve de liberté ? »

C'est un excellent film sur la crise de l'humanisme. Pourquoi les politiciens parlent-ils si souvent de liberté, alors que plus on les entend prononcer ce mot, moins il reste de liberté dans la société ?

Le réalisateur du film en explore les origines avec la minutie d'un chirurgien, découpant couche par couche les strates de l'ordre politique et social de la civilisation occidentale, et nous révélant ce que nous avions oublié — ou dont nous ne soupçonnions même pas l'existence.

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Les enfants devenus âgés pourront rencontrer leurs parents restés jeunes. Les sentiments et les liens familiaux subsisteront-ils pour autant ?

La liberté de choisir son apparence à l'ère de la longévité radicale

L'apparence sera un choix.

Notre perception de la correspondance entre l'âge et l'apparence sera de toute façon profondément bouleversée dès lors qu'il sera possible de modifier radicalement cette apparence. Une technologie intégrée pour inverser le vieillissement et rajeunir le corps humain constitue déjà, en soi, une intervention esthétique majeure.

Il est même potentiellement envisageable de réécrire le génome d'un organisme vivant dans chaque cellule, dans chaque mitochondrie, et cela directement au cours de son existence — sur la base des principes de la technologie CRISPR/Cas9, qui a valu le prix Nobel en 2020.

L'apparence comme choix

Une personne âgée de deux cents ou cinq cents ans ressemblera très probablement à ce qu'elle aura choisi. Elle pourra avoir l'aspect d'un vieillard vigoureux aux cheveux blancs, d'un jeune homme ou d'une jeune fille, ou même celui d'un personnage de jeu vidéo ou de film. L'apparence sera un choix.

La première transformation de l'apparence sera probablement un processus de longue haleine, car la psyché aura besoin de temps pour s'adapter afin de préserver sereinement son identité et son image de soi. Les transformations suivantes, si elles s'avèrent nécessaires, pourront s'effectuer plus rapidement, mais la première aura avant tout un caractère cosmétique, rajeunissant et régénérateur.

L'évolution des normes sociales

La perception même de l'apparence et les critères de conformité vont se transformer. De nombreux couples discuteront probablement à l'avance, et conjointement, des modifications qu'ils envisagent.

Les enfants « extraits » avant leurs parents pourront, s'ils le souhaitent, adapter leur corps à l'image que leurs proches en ont gardée pour le jour des retrouvailles. Un enfant particulièrement intelligent pourrait certes déstabiliser des parents non préparés — dans un tel cas, on pourrait par exemple ajouter huit à douze ans, âge auquel les parents sauraient probablement le reconnaître physiquement. Dans tous les cas, leurs sentiments se manifesteront très probablement.

L'adaptation à la nouvelle réalité

Une attention particulière sera accordée à l'adaptation psychologique des « extraits ». L'un des éléments de cette démarche consistera à recréer, dans un premier temps, un environnement familier — éventuellement même, à titre individuel, une maison ou un appartement précis, l'assortiment de produits du magasin du quartier, et autres détails du même ordre. Une sorte de simulations rétro localisées.

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Et si les guerres, l'agression, la violence et la lutte pour le pouvoir faisaient partie intégrante de la nature humaine ?

La nature de l'agression et les voies de sa transformation

le mal peut se manifester sous les traits d'un représentant du bon point de vue, de la vraie religion, de la loi, de la justice ou même du bien

L'agression, la violence et la lutte pour la domination au sein des hiérarchies font incontestablement partie de notre nature biologique. En essayant de stériliser et de raffiner uniquement ce que nous considérons comme bon, nous perdons inévitablement quelque chose de très profond et d'essentiel dans notre essence même. De plus, aucune éducation, si bonne soit-elle, ne peut remodeler tous les comportements prédéterminés par la biologie — on ne peut pas éduquer les gènes. On peut bien forcer un lion à se produire dans un cirque, mais il reste à voir quel sera l'impact d'un quotidien aussi contre-nature sur la qualité de sa vie.

Dans tous les cas, ces « extractions » concernent des individus totalement différents, aux personnalités déjà formées, issus d'époques historiques distinctes, avec des éducations et des principes moraux très éloignés même des nôtres, sans parler de ceux du futur.

L'héritage des vainqueurs

Nous tous, qui vivons aujourd'hui, sommes les descendants des vainqueurs, le prolongement des meilleurs d'entre les meilleurs, de super-prédateurs et de super-rusés ayant surmonté à maintes reprises une sélection naturelle impitoyable. Dès lors, croire sérieusement que l'on ne porte aucun mal en soi est évidemment une erreur. Chacun possède sa part d'ombre, souvent inconsciente ou refoulée jusqu'au moment opportun.

Ce mal intérieur peut prendre des formes hybrides et s'exprimer de manière détournée : par exemple, sous couvert d'un point de vue jugé correct, d'une véritable religion, de la loi, de la justice ou même du bien. Notre propre mal s'octroie le droit d'agir comme il le fait, cherchant souvent à se manifester d'une manière socialement acceptable, ou du moins à se trouver une justification purement personnelle à ses actes.

Un personnage comme Thomas Shelby, conscient de ce qu'il est et de ce qu'il fait, est bien plus séduisant qu'un scélérat dont le dernier refuge est le patriotisme. Chacun de nous est porteur du mal, et croire qu'on ne l'a pas en soi, tout en habitant un corps biologique, est très naïf.

Le diable commence avec l'écume aux lèvres d'un ange qui a cru en sa propre justice et s'est engagé dans le combat pour une sainte et juste cause. L'esprit de haine dans la lutte pour une juste cause est éternel. Et grâce à lui, le mal sur Terre n'a pas de fin. Depuis que j'ai compris cela, je considère que le style de la polémique est plus important que son objet : les sujets changent, mais c'est le style qui crée la civilisation.— Grigori Solomonovitch Pomerants

L'externalisation du mal

C'est précisément le refus d'accepter le mal en soi qui conduit à son externalisation (c'est-à-dire à son transfert) sur d'autres — par exemple, sur la figure imaginaire d'un tyran soi-disant responsable de tout, ou sur un groupe de dissidents. Cramponnés à leur vertu, même les plus « éveillés », ceux qui prétendent avoir atteint le zen, ne parviennent pas toujours à contenir la fange intérieure qui bouillonne en eux. Cette pression cherche une issue et la trouve dans l'attitude personnelle envers certaines « catégories » de personnes, dans les mots prononcés, dans la posture même de supériorité affichée.

Comprendre et accepter le mal en soi donne plus de liberté et plus de choix authentique. En chacun de nous, au cœur même de ces mêmes chaînes d'ADN, réside aussi le bien. La science aura encore longtemps à faire pour décoder les messages écrits dans ce langage des nucléotides, et pour comprendre plus profondément qui nous sommes, de quoi nous faisons partie et ce que nous transmettons.

Par différents moyens, de manière organisée et individuelle, nous essayons de contenir et de réprimer ces manifestations si naturelles de notre nature biologique, nous efforçons de nous couper de notre propre nature et nous protestons même en affirmant que l'homme n'est pas un animal.

Solutions possibles

Il peut y avoir plusieurs solutions pour l'avenir. Un concept intéressant est présenté dans la série « Westworld » (2016). On pourrait corriger la nature même de l'homme — pas forcément par des méthodes aussi brutales que celles du film « Orange mécanique » de Stanley Kubrick. Mais quelle que soit la variante de cette correction, elle fait surgir une limitation, une contrainte, c'est-à-dire toujours cette vieille « violence pour le bien ». Il y aura une résistance à cela, une nouvelle façon de diviser entre les nôtres et les autres naîtra, et, par conséquent, une nouvelle guerre, d'une sorte ou d'une autre.

On peut essayer une autre voie. Créer des lieux où serait permis tout ce qui est inacceptable dans une société civilisée — des « zones de guerre » ou à règles spéciales. Peu de gens auront envie de s'y rendre, sans doute même une minorité, mais pour le bien de tous, il faut aussi penser à cette minorité.

Ce qui est mauvais, ce ne sont même pas les guerres en elles-mêmes, mais le fait que s'y trouvent entraînés ceux qui ne le voulaient absolument pas.

Zones à règles spéciales

Si votre destin est la guerre, ou si à une certaine étape de votre vie toute votre essence réclame de tels événements , sensations et expériences, nul besoin de chercher une idéologie ou une vérité locale pour justifier vos actes. Allez dans un lieu spécialement créé à cet effet, aux risques limités, où l'on n'entre que par choix et dont on ne peut se retirer que selon les conditions définies au départ.

Les conditions peuvent alors être très variées : un territoire avec des armes à feu ou, par exemple, uniquement des épées et des flèches ; on peut même inclure dans le contrat la possibilité de mourir complètement et définitivement — avec une probabilité extrêmement faible.

Les principes de base sont simples : si vous voulez avoir la possibilité d'exercer de la violence, de causer du tort, des dommages et quelques souffrances, soyez prêt à les subir vous-même dans la même mesure que celle choisie. Tout le monde dans des conditions égales ou presque égales — ceux qui risquent le plus devraient probablement aussi obtenir plus de possibilités, ou certains avantages de départ.

Les vies doivent être préservées pour tous au moyen de cette même technologie d'« extraction », à moins que le contrat ne prévoie d'autres probabilités. Ce n'est pas aussi simple que dans un jeu vidéo, bien sûr — après une blessure « mortelle », passer plusieurs mois sous les bombardements à l'hôpital de la Seconde Guerre mondiale peut être toute une aventure, tout comme rester infirme pendant plusieurs années au cœur de cette reconstitution historique.

Ce qui se passe dans les zones à règles spéciales y reste, et ne doit pas déborder ensuite sur le monde, dont les habitants ne veulent pas être partie prenante de la violence. Ce qui est décrit ici n'est même pas un concept, mais plutôt une simple piste de réflexion.

La guerre comme mode d'apprentissage

Sans doute les guerres et les affrontements du monde moderne constituent-ils aussi une forme d'apprentissage où la victoire tient lieu d'arbitre et de juge incorruptible. Parfois, la vérité ne naît pas du débat ; elle ne s'impose que par le combat. Qui exactement doit décider ce qui est meilleur : le capitalisme ou le socialisme ? Qui devra ensuite affirmer qu'une combinaison optimale et raisonnable des deux au sein d'un même système est la meilleure solution ? Comment l'affirmer avec une autorité et une force d'évidence telles que tout le monde y souscrive ? Faut-il vraiment que tous, sans exception, soient d'accord et cessent de chercher d'autres chemins, de meilleures voies ?

Il se peut que les guerres et les affrontements subsistent aussi à l'avenir, non seulement sous forme de simulations historiques pour ceux qui souhaitent y participer. Les guerres comme méthode d'apprentissage pourraient prendre d'autres formes, encore plus diverses, puisque dans leur essence même elles sont déjà, avant tout, informationnelles. Au fond, c'est une lutte de sens, de vecteurs de mouvement différents, un débat entre vérités différentes qui, ensemble, composent un même motif.

On aimerait espérer que, dans un avenir relativement proche, nous parviendrons à éliminer les manifestations les plus brutales des affrontements, comme les chars d'assaut, les obus et autres armes létales. L'espoir que nous parviendrons plus tard à tout corriger grâce aux « extractions » ou à quelque chose de semblable n'est, pour l'instant, qu'un espoir.

Le fondement ultime

Le fondement ultime — c'est la réponse à la question de savoir pour quoi, précisément, toi, tu es prêt à tuer et à mourir, dans une situation où tu ne souhaites ni l'un ni l'autre en soi. Même sans se l'avouer honnêtement, beaucoup de gens (sur la planète en général) sont capables de faire l'un et l'autre, portés par une sorte de « vent de l'histoire ». Les spécialistes, quant à eux, savent si bien leur souffler à l'oreille que les combattants ne s'interrogent même pas sur leur propre « fondement ultime », mais se contentent d'exécuter ce que l'on attend d'eux.

Seul l'espace de l'amour ne laisse aucune place à la guerre.

Seul l'espace de l'amour ne laisse aucune place à la guerre.

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Le Paradis, la divino-humanité et la nature des miracles.

L'évolution des représentations du paradis et la nature du miracle

L'évolution des représentations du paradis et la nature des miracles

Pour un serf affamé, transi de froid, dont le quotidien n'est fait que de labeur pénible et d'horizon culturel limité, l'idée du Paradis comme récompense pour les épreuves et les privations de la vie terrestre peut sembler tout à fait logique, juste et cohérente.

Les légendes du paradis

Le Paradis islamique comprend des plaisirs charnels. Il existe des légendes selon lesquelles certains guerriers, qui partageaient le repas de chefs spirituels, se voyaient verser des substances psychotropes dans leur nourriture. Puis, plongés dans le sommeil, ils étaient transportés dans un lieu secret d'un luxe inouï, entourés d'or et de splendeur de toutes parts : des fontaines de vin, une multitude de femmes belles et attentionnées, une abondance de mets variés. Après leur avoir laissé un court moment pour jouir de toutes ces merveilles, on les droguait de nouveau pour les ramener à la table du chef spirituel, après quoi on leur inculquait l'idée qu'on venait de leur montrer une partie du paradis, et qu'ils pourraient y accéder après leur mort s'ils restaient fidèles, prêts à donner leur vie et à garder le secret sur ce qu'ils avaient vu.

Ces guerriers n'avaient jamais rien vu d'aussi admirable et ne pouvaient même pas imaginer qu'un tel lieu puisse être l'œuvre de l'homme. C'était, somme toute, une bien curieuse méthode pour recruter des chefs de guerre dévoués et des gardes du corps personnels.

La transformation du sens

Aujourd'hui, la classe moyenne des pays développés a accès à sensiblement plus de richesses que les rois du passé. Dès lors, la nature exacte de la récompense promise au Paradis pour une « bonne conduite » devient déjà moins évidente, puisque tout ce qui est imaginable peut parfaitement être obtenu sur Terre. Pour beaucoup de gens, la foi suffit à les faire suivre les dogmes religieux — pour beaucoup, certes, mais certainement pas pour tous.

Comment évaluer la valeur de ce qui est extraterrestre et impensable ? La vie éternelle au Paradis en soi, et l'impossibilité de mourir même si on le souhaitait, pourraient bien s'avérer un supplice. Après tout, la valeur de la vie éternelle est subjective et dépend d'un rapport personnel qui peut changer au fil des millénaires : « éternelle, c'est bien », « non éternelle, c'est mal » — voilà une simplification extrême, tout simplement parce que, pour l'instant, bien peu de gens réfléchissent aussi loin à l'avance.

Dans la communauté religieuse, il n'est pas d'usage de débattre de tout cela avec un esprit critique. L'idée centrale de ces propos n'est pas qu'il n'y aurait ni Dieu ni paradis, mais que nos représentations de ce qu'il est, de son emplacement et de son organisation sont très probablement simplistes, incomplètes et archaïques. Les descriptions mêmes du Paradis ont été conçues par des hommes et pour des hommes qui vivaient il y a des siècles, voire des millénaires.

Conceptuellement, le Paradis est encore présenté aujourd'hui comme quelque chose de simplement merveilleux, incommensurable à l'échelle humaine, impossible à comprendre ou à ressentir pleinement. En d'autres termes, on nous propose simplement de croire que nous y serons bien, et on le présente comme une récompense suprême.

Le choix est évident

Or, la vérité aujourd'hui évidente réside dans ce que choisira la majorité des gens modernes dès que l'occasion elle-même se présentera : soit ne rien entreprendre, vieillir, puis se soumettre au « Jugement dernier » du Très-Haut, soit prolonger d'un siècle sa vie terrestre dans un corps jeune et sain grâce aux biotechnologies, puis la prolonger encore une fois, et encore. Ce choix est exactement le même que celui de prendre ou non les médicaments prescrits par un médecin.

Utiliser l'argument de l'existence d'un Paradis divin comme un moyen de soudoyer l'être humain a, en soi, quelque chose d'assez vulgaire, puisqu'il s'agit toujours de la même contrainte, simplement enrobée de carotte. Il en va de même, d'ailleurs, pour l'argument de l'existence de l'enfer. Il faut vraiment « aimer » les gens pour en envoyer une partie dans un lieu spécial, plein de feu, de fumée, de chaleur, de souffrances et de douleur, pour qu'ils y soient tourmentés, qu'ils y brûlent, étouffent, crient et pleurent pour l'éternité, jusqu'à la fin des temps. Quelque chose, là, ne va pas...

L'ingénierie du paradis

L'ingénierie du paradis

Différentes approches sont potentiellement envisageables pour l'ingénierie du paradis, c'est-à-dire pour la construction d'un « paradis sur Terre » fait de main d'homme. À titre d'exemple, l'une d'entre elles, https://www.bltc.com souligne que nous ignorons les racines biochimiques de notre mal-être, et propose une transition vers une ère post-darwinienne. Elle évoque la possibilité d'éliminer totalement la douleur et la souffrance. Le vacarme des partis politiques et la géopolitique nous détournent de ce qui devrait réellement être accompli.

Sur le plan évolutif, le couple douleur/plaisir, évitement/recherche, constitue la force motrice, le moteur du développement et de l'apprentissage. Serait-il possible, pour une vie consciente, de remplacer ce moteur par un autre, plus moderne, fonctionnant selon d'autres principes et avec un carburant différent ? La question reste plutôt ouverte, mais les hommes ne manqueront sûrement pas d'essayer.

La quête d'un grand espoir

Un autre cours historique, marqué par l'ascension de l'homme, une « parole nouvelle » — en quoi consiste-t-elle aujourd'hui ? Dans un monde multipolaire, dont les parties, comme par le passé, continueront d'accumuler de la puissance pour s'affronter, voire s'anéantir mutuellement ? Ou bien la multipolarité rendra-t-elle par elle-même les interactions entre les acteurs plus justes et moins sanglantes ? C'est plutôt le contraire qui se produira. Où est l'espoir, le grand espoir historique, et en quoi consiste-t-il ?

La divino-humanité est l'état idéal de l'humanité, conçu comme l'aboutissement et le terme du processus historique terrestre. Cette idée a trouvé son interprétation philosophique dans les travaux du penseur religieux Vladimir Soloviev. C'est une image-rêve qui, selon le philosophe Berdiaev, accompagne l'humanité dans sa quête de « la vérité — c'est-à-dire le sens de sa propre existence et la liberté ».

La nature du miracle

Quelques paragraphes sur les miracles.

Pour faire simple : ils n'existent pas, et pourtant ils se produisent, sans qu'il y ait là de contradiction. Le miracle fait partie de la réalité objective ; c'est une possibilité permanente, simplement dérobée à nos yeux. C'est ce possible qui échappe totalement à notre représentation de la réalité.

Si quelque chose qui, selon nos conceptions, ne devrait absolument pas exister fait soudainement irruption dans notre tunnel de réalité personnel et toujours limité, il devient impossible d'ignorer cet événement. Il exige de trouver sa place, exige une explication, et, par sa simple présence, transforme déjà notre réalité. Quant au véritable miracle, tant qu'il ne s'est pas produit, nous ne saurions même pas dire qu'il est impossible, car nous sommes incapables de poser la question en ces termes : est-ce possible ou impossible ? Nous ne pouvons même pas imaginer qu'une telle chose puisse arriver, et soudain, « boum », c'est déjà là.

Miracle probabiliste et miracle véritable

Imaginons qu'un homme se noie dans une rivière de montagne glacée, qu'on l'en sorte trente minutes plus tard et que les réanimateurs parviennent à le ramener à une vie normale. Ou qu'une personne passe des années sous assistance vitale avant de sortir du coma sans explication claire. Ces situations ne relèvent pas du miracle véritable, mais du miracle probabiliste.

La résurrection de Lazare par Jésus, si ce fait a réellement eu lieu, est un miracle. Bien que le christianisme ne soit pas la première religion à mentionner la résurrection des morts : pour les Juifs contemporains de Ponce Pilate, la résurrection de Lazare a pu être perçue comme un événement totalement impensable, qui les confrontait à un fait tout simplement impossible, à une réalité qu'ils n'avaient jamais envisagée comme possible ou impossible. Pour eux, un événement d'une telle ampleur constituait le miracle même.

Manipulation du miracle

Les prêtres mayas, comprenant certaines régularités, pouvaient prédire les dates des éclipses solaires, ce dont ils profitaient pour renforcer leur propre autorité et leur pouvoir. Ils organisaient de véritables spectacles ces jours-là, offrant des sacrifices et glissant leur propre interprétation, qui les avantageait, à un peuple ignorant pour qui ce qu'il voyait était, bien sûr, un véritable miracle. Christophe Colomb a cyniquement utilisé un stratagème similaire, mais avec une éclipse lunaire, pour terrifier les indigènes de Jamaïque afin qu'ils approvisionnent ses hommes en vivres.

Un spectacle de lumière moderne, produit par une installation laser, peut créer l'illusion que les colonnes d'un bâtiment dansent, ainsi que d'autres métamorphoses visuelles étonnantes. Si l'on avait montré une telle chose il y a trois cents ans au Vatican, en éclairant de surcroît le visage du pontife de l'époque sur la basilique Saint-Pierre, il ne resterait plus qu'à livrer sa propre interprétation des faits à un public stupéfait. N'est-ce pas là une preuve à cent pour cent de l'existence de Dieu ? Combien de gens auraient alors été capables de douter d'une telle preuve, présentée sous la forme d'un miracle manifeste ?

Le miracle n'est que la manifestation de ce qui se trouve au-delà de notre connaissance et de notre compréhension personnelles du monde. Pour les hommes qui vivront dans trois cents ans, nous sommes aujourd'hui tout aussi ignorants et sauvages que peuvent nous sembler ces catholiques qui ont brûlé des dizaines de milliers de sorcières sur les bûchers.

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Le problème de l'intégrité de la conscience et de « l'âme ». Une double « résurrection » successive est-elle possible ? Et une résurrection parallèle ? Qu'en est-il d'une résurrection plus que double ?

Le problème de l'intégrité de la personnalité : les frontières du « soi » et du « non-soi »

Qu'y a-t-il de commun, très concrètement, entre une fillette d'un an et la femme de 90 ans qu'elle deviendra par la suite ?

La chenille, la chrysalide et le papillon en lequel elles se transformeront ensuite sont-ils un seul être ou trois êtres différents ? Il est évident qu'il s'agit de trois organismes totalement dissemblables par leur structure et leur fonctionnement. Alors, pourquoi certains considèrent-ils qu'il s'agit d'un seul et même être, simplement à différentes étapes de son développement et de sa transformation ? Qu'est-ce qui unit précisément ces trois organismes si différents ? Gardez en tête votre réponse actuelle à cette question, si vous en avez déjà une.

Expérience de pensée sur la division

Faisons une expérience de pensée. Imaginons que, dans une salle d'opération du futur, un homme soit « coupé » en deux parties égales, du sommet du crâne jusqu'en bas. Ensuite, des robots médicaux spéciaux complètent les deux moitiés à l'aide d'une matière externe, en copiant de manière parfaitement exacte les parties manquantes du corps pour reconstituer un tout. Au final, on obtient deux êtres humains physiquement identiques et bien vivants. Ils se réveillent dans des pièces différentes, après quoi l'un d'eux, sans être informé de ce qui s'est passé, est renvoyé dans sa famille aimante, tandis que l'autre est envoyé dans un camp de concentration hypothétique.

Où se retrouve la personnalité qui existait avant cette opération ? A-t-elle été détruite (tuée) au cours du processus, ou bien s'est-elle dédoublée, de sorte qu'il s'agit désormais de la même personne, mais avec deux corps dont la connexion sensorielle est rompue ? Qu'est devenue, dans tout cela, l'âme ésotérique, si tant est qu'elle existait, et aurait-elle pu ne rester que dans l'un de ces deux corps ?

On peut modifier l'expérience de pensée et, au lieu de couper le sujet en deux, assembler, à l'aide de ces mêmes robots médicaux, une copie exacte de lui à l'atome près, puis faire en sorte, juste après, qu'aucune information ne subsiste permettant de savoir qui est l'original et qui est la copie assemblée. S'il est impossible de trouver la moindre différence, peut-on affirmer qu'il s'agit du même individu ? S'il s'avère que cet homme a commis un crime un an auparavant, doit-on jeter les deux en prison, ou bien ? Comment trancher ? Si la justice ne peut se permettre de commettre d'erreurs et de punir quelqu'un qui n'a pas personnellement commis le délit, devient-il alors possible d'échapper à une peine certaine en se créant, d'une manière ou d'une autre, sa propre copie ?

Avec le développement des technologies, ce genre de questions, auxquelles on ne sait absolument pas comment répondre, va se multiplier. Et si, par quelque moyen technique artificiel, on parvenait à préserver le lien sensoriel entre ces deux personnes, à créer une connexion permanente entre l'original et sa copie, à synchroniser leur mémoire commune, leurs sensations, leurs émotions, leur vision ? Pourrait-on alors dire qu'il s'agit d'une seule et même personne se trouvant simultanément en deux endroits différents ?

De la philosophie à l'ingénierie

Du domaine purement philosophique, la question de l'intégrité de la personne est déjà passée aujourd'hui à celui de l'ingénierie, où elle a pris une dimension éthique. C'est le cas, par exemple, des opérations de séparation partielle des hémisphères cérébraux chez les patients épileptiques, pratiquées dans les années soixante. On a vu apparaître des symptômes montrant qu'après l'opération, un même cerveau abritait désormais deux personnalités distinctes, se partageant le contrôle du corps, avec parfois même des conflits internes.

Des dogmes tels que « à un corps correspond toujours un seul observateur » nous aveuglent considérablement lorsque nous analysons le problème même de l'intégrité et de l'indivisibilité de la personne.

L'illusion de la simplicité

Sans y réfléchir, tout cela peut sembler simple. « Je », c'est moi, j'ai une tête et je m'en sers pour manger — il n'y a là rien de bien difficile à comprendre. ㋛ Mais si l'on creuse un peu plus et que l'on cherche à comprendre ce que nous voulons dire au juste par « je », un abîme dangereux s'ouvre à nous, un abîme dont on ne voit pas le fond.

Où passe la frontière entre le « je » et le « non-je » ? En réalité, elle n'est pas aussi évidente qu'on a l'habitude de le croire.

La remise en cause de ces évidences naturelles entraîne de très graves conséquences lorsque l'on aborde le développement des biotechnologies, ou même certains faits médicaux déjà bien réels. Nous ne savons pas comment les interpréter, car notre « intuition cognitive » naturelle nous ment tout simplement. Pourtant, c'est, au sens propre du terme, une question de vie ou de mort.

Il existe une connaissance innée, un réglage par défaut, ou quelque chose qui se forme automatiquement dès le plus jeune âge chez l'enfant : la croyance que le « je » correspond à mon corps, et que le « non-je » est tout le reste. À bien y penser, cette vision simpliste est erronée.

Le corps comme frontière

Les gens perdent parfois des membres, certains les remplacent par des prothèses bioniques, les chirurgiens transplantent des organes, et l'on implante même, temporairement, des cœurs mécaniques artificiels et portatifs. Au début du siècle dernier, cela aurait été impensable. Aujourd'hui, face à ces réalités, continuer à affirmer que « je » équivaut strictement à l'intégralité de mon corps est, pour le moins, étrange.

Où se trouve exactement cet observateur qui interprète deux signaux électrochimiques différents, provenant de deux yeux différents, comme une seule et même image ?

À l'époque où l'anesthésie médicale n'était pas aussi perfectionnée qu'aujourd'hui, il en existait une variante où le patient ressentait pleinement toute la douleur pendant l'opération, mais se trouvait dans l'incapacité totale de bouger ou de réagir, pour ensuite, après l'intervention, n'avoir aucun souvenir de ce qui s'était passé. La question n'est pas de savoir s'il était acceptable d'utiliser une telle méthode. Plus tôt encore, dans les hôpitaux de campagne, on amputait manuellement à la scie les membres fracassés lors des combats pour sauver des vies, et cela se faisait sans la moindre anesthésie.

Si l'opération est indispensable pour sauver la vie du patient, faut-il l'informer qu'avec une telle anesthésie il ressentira tout, ou vaut-il mieux garder le silence et le laisser affronter une expérience aussi terrifiante à l'improviste et dans une impuissance totale ? Si vous-même ne vous en souvenez pas et ne le savez pas, êtes-vous prêt à accepter que cela soit arrivé, ou arrivera dans le futur, à quelqu'un d'autre que vous ? Et si vous ne vous en souvenez pas, mais que vous le savez ? Cet exemple nous amène à la question de l'identification et des frontières subjectives entre le « moi » et le « non-moi ».

Immortalité numérique

Frontières entre le « moi » et le « non-moi »

Dans la série « Altered Carbon », toutes les informations concernant un protagoniste sont sauvegardées dans le cloud, sur des serveurs. Toute sa mémoire, toutes les données nécessaires pour recréer un corps à l'identique. Ces données peuvent être synchronisées en continu ou périodiquement. Si cette personne est éliminée physiquement, la série montre qu'elle est rapidement recréée par des machines spéciales, et ses droits de propriété ainsi que son pouvoir sont transférés à l'être ainsi recréé.

Ces circonstances privent de sens le fait de le tuer, par exemple d'une simple balle dans la tête. Cependant, l'être recréé est-il vraiment le même qu'auparavant ? Y a-t-il eu, au moment du coup de feu, un véritable meurtre, ou la justice ne devrait-elle y voir qu'une simple tentative d'homicide ? La réponse est loin d'être évidente.

Le cerveau comme « moi »

Avec le développement de la science, de plus en plus de personnes ont commencé à associer le sujet de la conscience au cerveau. L'idée préconçue la plus répandue ensuite est que le « moi » est mon cerveau, ou même seulement une partie de celui-ci (un réseau de neurones). Mais alors, quelle partie exacte de ce réseau de neurones est le « moi » ? Essayons à nouveau de tracer la frontière entre le « moi » et le « non-moi », de séparer physiquement l'un de l'autre.

Et si l'on y réfléchit, il s'avère que le « moi » n'est pas l'ensemble du réseau de neurones, ne serait-ce que parce que, même en cas de pertes importantes dues à un accident vasculaire cérébral ou à une autre maladie ou à un traumatisme, ce que nous considérons comme la personnalité subsiste. Chaque jour, même chez une personne en bonne santé, environ quatre-vingt mille neurones meurent de manière irréversible.

À quel moment précis l'embryon acquiert-il sa subjectivité ? À un certain stade, il n'a que deux neurones : est-ce déjà un être humain ou pas encore ? Alors, combien de neurones faut-il exactement pour être considéré comme un être humain ? Il est impossible de donner un chiffre justifié, on ne peut pas tracer de frontière dans un processus continu. Il ne s'agit pas ici de l'éthique de l'avortement à tel ou tel stade, cela concerne également la vie des adultes.

L'embryon, la petite fille, puis plus tard la grand-mère, est-ce toujours la même personne, la même conscience, la même personnalité, le même individu ? Et ces quatre mots sont-ils de parfaits synonymes, ou pas tout à fait ?

La mémoire comme « moi »

Il existe aussi une variante de cette croyance selon laquelle le « moi » se réduit à mes connaissances et à ma mémoire.

En cas de perte de mémoire, par exemple lors d'une amnésie rétrograde, doit-on alors considérer que la personne est temporairement morte ? Ou bien nous contentons-nous du fait qu'elle y ressemble physiquement, et décidons-nous ainsi qu'il s'agit de la même personne et que sa vie ne s'est pas interrompue ? Seulement, une copie ressemble encore davantage et se souvient de tout, même si l'original de la première expérience de pensée se trouve loin. La ressemblance n'est pas un critère d'identité.

Une petite fille d'un an et la grand-mère qu'elle est devenue par la suite n'ont aucun souvenir commun des événements. Alors, pourquoi les considérons-nous comme une seule et même personne ? Presque toutes les cellules du corps humain se renouvellent en un an, et la quasi-totalité de la matière qui compose notre corps change en une décennie. Quel est donc le lien entre cette fillette d'un an et la grand-mère qu'elle deviendra avec les années ? Physiquement, elles ne se ressemblent pas du tout ; elles ne sont pas identiques, elles sont différentes à tous égards.

Bien sûr, une telle fillette et une telle grand-mère sont le même citoyen, c'est incontestable — le numéro de sécurité sociale et le numéro d'identification fiscale sont maintenant attribués dès la naissance. Seulement voilà, le citoyen n'est qu'un concept inventé, une construction artificielle.

L'identité à travers le temps

La continuité de la personne à travers le temps s'appelle l'identité. La conviction que mon « moi » d'il y a une minute était aussi « moi », et que dans un an ce sera encore « moi », est une sorte de croyance. Elle est certes indispensable à l'évolution, à la définition d'objectifs et à bien d'autres choses, mais elle n'est prouvée par rien ni personne. Au fond, ce n'est qu'un axiome, un concept, une invention. Si l'on accepte l'idée d'une continuité temporelle, des paradoxes apparaissent — par exemple, il faudrait admettre que A est égal à B (la fillette égale la grand-mère), alors que du point de vue de la logique formelle et de ses critères, ce n'est manifestement pas le cas. Alors, quand la fillette est-elle morte, si, au moment où la grand-mère existe, la fillette n'existe plus ?

On peut distinguer trois sous-questions :

  • La question de la séparation du « moi » et du « non-moi » uniquement dans l'espace.
  • La question de la division entre « moi » et « non-moi » durant la vie d'un même organisme conscient (la continuité temporelle).
  • La question d'une métamorphose profonde s'apparente à celle d'une transformation majeure de l'organisme lui-même (et/ou du cerveau), de la chenille au papillon. Où se situe et qu'est-ce qui définit alors ce fameux « moi », et à quel moment disparaît-il (meurt-il), si l'on admet bien sûr l'idée qu'il périt effectivement au cours de ce processus ?

Transformation radicale

Que se passerait-il si l'on lançait un programme artificiel pour transformer une certaine chenille en être humain vivant ou, inversement, un être humain en chenille ? Prendre ou perdre de la masse n'est pas la plus grande difficulté. Ce qui importe, c'est l'essence même de cette expérience de pensée. Ou plutôt pas en chenille, mais en dauphin, supposons, aussi intelligent qu'un humain. Continuerions-nous, comme avant, à lui souhaiter son anniversaire chaque année ? Et si la métamorphose ne donnait pas un dauphin intelligent, mais un dauphin ordinaire — essayez de déterminer à quel moment précis il faudrait déclarer que ce n'est plus un citoyen, plus un être humain, et qu'il est temps de lui retirer son numéro de sécurité sociale.

Les partisans du transhumanisme admettent la possibilité et l'opportunité d'interventions radicales dans la nature humaine afin de l'améliorer, y compris chez les personnes déjà vivantes. Où passe la frontière entre la vie, la mort et la naissance d'un nouveau sujet au cours d'une telle métamorphose ? La mort peut être invisible, moins évidente, sans qu'il y ait nécessairement un cadavre et des funérailles. Que se passe-t-il après des opérations, chirurgicales ou autres, sur le corrélat neuronal de la conscience, c'est-à-dire le cerveau ? Quelles technologies convient-il d'adopter, et lesquelles faut-il rejeter parce qu'elles mèneraient à une mort invisible ?

La question de ce qu'est le « moi », où passe la frontière entre le « moi » et le « non-moi », est peut-être la question centrale et pragmatique dans la vie de chacun d'entre nous.

Résurrection ou recréation

Il est fort probable qu'à l'avenir, il devienne possible d'extraire les informations — ou de les calculer mathématiquement — concernant la disposition exacte des atomes du corps d'une personne du passé, par exemple un instant avant l'arrêt définitif de son cerveau. Une fois cette empreinte corporelle complète obtenue, on pourrait, grâce aux nanotechnologies, la reconstituer atome par atome et la faire renaître. On pourrait alors immédiatement la réanimer, la soigner, la rajeunir. Pourra-t-on qualifier cela de véritable résurrection, ou s'agira-t-il seulement d'une recréation, c'est-à-dire de la création d'une copie — y a-t-il une différence ?

La question de la frontière entre le « moi » et le « non-moi » est peut-être la question archi-importante et pragmatique dans la vie de chacun d'entre nous.

Peut-être la continuité physique et psychologique est-elle liée à la définition de la personne. Si l'on admet l'idée que la conscience est en soi un processus continu, alors mourons-nous à chaque fois que nous nous endormons ? Est-ce une autre personne qui se réveille d'une anesthésie générale profonde ou après une mort clinique ? Comment devons-nous alors considérer une telle interruption du processus ?

Sur certaines questions, notre logique quotidienne et notre intuition nous induisent en erreur — dans certains cas, cette illusion peut même être démontrée, comme dans le paradoxe des trois portes.

Le transfert de la conscience

La matière biologique ne diffère en rien du reste de la matière. Selon les conceptions scientifiques actuelles, ce dont nous sommes composés faisait autrefois partie des étoiles. Que se passerait-il si l'on tentait de transférer progressivement la conscience d'un support biologique vers un autre ? Remplaçons d'abord un neurone par un élément artificiel dans sa structure, mais strictement identique dans sa fonction, puis un autre neurone, une cellule, ou même un petit groupe de cellules. Au terme de ces substitutions successives, on obtiendrait une sorte de cyborg doté d'un cerveau de silicium ou d'un autre matériau, de poings d'acier, et ainsi de suite.

Certains diront qu'un tel « cyborg » reste en réalité le même être humain, en fondant son identité sur la continuité, c'est-à-dire sur l'absence de frontière nette permettant de dire où l'homme disparaît et où le cyborg commence. Mais alors, l'âme, si elle existe, va-t-elle elle aussi migrer vers ce nouveau corps synthétique ? Si l'on considère qu'elle ne migre pas mais qu'elle s'en va, il faudrait alors préciser à quel moment précis ? Combien de neurones faut-il remplacer pour affirmer avec certitude que l'âme a quitté le corps ? Comment peut-on apporter une réponse argumentée à de telles questions ?

L'âme et la matière

En appliquant une méthode biochimique ou de microchirurgie à un ovule fécondé après sa première division, on peut séparer les deux cellules obtenues l'une de l'autre, ce qui entraînerait l'apparition de jumeaux monozygotes au lieu d'un seul individu qui aurait pu se développer à partir de la cellule intacte. Des expériences analogues ont été menées avec succès et à maintes reprises avec des animaux. Une brève intervention physique rudimentaire aurait créé deux vies, deux personnalités là où il n'y en avait qu'une auparavant. En quelque sorte, il est possible de créer simplement une autre vie. On pourrait considérer qu'une vie a été détruite et deux créées, puisqu'aucun des enfants nés ne sera celui que l'individu original aurait été. Qui faut-il interroger sur ce qui se passe avec l'âme, si quelque chose se passe, et à quel moment précis ?

Si l'on suppose que l'un des jumeaux ainsi obtenus devient la continuation de celui qui aurait dû naître, tandis que l'autre non, bien que la division ait été absolument symétrique, cela signifie que le monde matériel contient des informations incomplètes sur sa propre structure. Une telle supposition est désagréable et inconfortable pour la pensée strictement matérialiste.

Si dans l'univers il existe quelque chose qui ne fonctionne pas selon les lois de la physique, gouverné par une âme immatérielle, alors, probablement, nous devrions pouvoir détecter le fait de cette influence et intervention, et d'une certaine manière la mesurer et l'enregistrer. Sinon, de quoi parlons-nous au juste quand nous employons le terme « âme » ? Si nous parlons de ce qui ne se trouve pas dans le monde matériel et n'exerce aucune influence sur lui, alors nous parlons de ce qui n'existe pas au sens ontologique de ce mot. Eh bien, si quelque chose ne se trouve pas dans le monde matériel mais exerce une influence sur lui, alors c'est une autre affaire — et dans ce cas, le fait même de cette influence pourrait probablement être mis en évidence de quelque manière que ce soit.

Transplantation cérébrale

Les chirurgiens sont d'ores et déjà capables de transplanter des cœurs, et avec le temps, ils pourront aussi transplanter des cerveaux. Imaginons deux patients de sexe masculin — l'un souffre d'un sarcome du cerveau, l'autre d'un sarcome du foie avec métastases, tous deux inopérables. Au final, disons qu'on transplante le cerveau sain sur le corps sain. On obtient un homme qui ne pourra concevoir des enfants que par l'intermédiaire du corps d'un autre citoyen, dont il s'est trouvé pourvu lors de la transplantation. Quel nom inscrire sur la feuille de sortie ? Qu'en est-il des droits familiaux et patrimoniaux ? Et du test de paternité ADN, par exemple, de quel endroit du corps le prélèvera-t-on par la suite ? Quant aux âmes, là encore, c'est la confusion complète.

Sur quel fondement suppose-t-on que l'âme se trouve précisément dans le cerveau ? Pourquoi pas dans le cœur, par exemple, ou peut-être est-elle répartie dans le sang, ou ailleurs encore ? Imaginons une situation tout à fait fantastique : quatre citoyens échangent leurs cerveaux en cercle, et de surcroît par paires — des hommes avec des femmes. Où iraient alors leurs âmes ? Les âmes peuvent-elles changer non seulement de corps, mais aussi de sexe ?

La liberté d'autodétermination

Nous sommes ce que nous pensons de nous-mêmes, ce à quoi nous nous identifions. On peut s'identifier à Napoléon ou au bœuf de la parabole, croire que mon « moi » se prolongera dans mes enfants, dans mes propres œuvres d'art, ou connaîtra une nouvelle réincarnation dans un autre corps d'une autre race, ou poursuivra même son existence en tant que représentant de la flore ou de la faune. Nous sommes libres de choisir l'identité qui nous convient le mieux ou nous plaît davantage, d'y croire, de nous tromper nous-mêmes et de rester dans l'illusion.

Beaucoup de points d'interrogation dans ce texte. Pas de réponses — en bref, toutes les hypothèses et les préjugés, à l'examen approfondi, s'avèrent peu solides. Mais si vous souhaitez vous plonger plus profondément dans la compréhension de ces questions, il existe une vidéo d'une durée de 3,5 heures — et là, c'est véritablement en profondeur.

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Construire l'avenir ensemble

Les pensées et les idées vraiment nouvelles sont comme des sentiers tracés dans l'obscurité des territoires inexplorés du possible. D'autres peuvent les emprunter après vous : ils les repenseront, y ajouteront les leurs, les transformeront en routes, voire en autoroutes éclairées.

Essayons ensemble d'imaginer la société d'un futur lointain dans le scénario le plus optimiste. Un monde où coexisteraient les cultures de différentes époques historiques ; où l'on pourrait passer d'une époque recréée à une autre ; où les ressuscités peupleraient peu à peu des contrées toujours nouvelles, sur Terre et bien au-delà. Ce n'est pas une seule image du futur, mais tout un Univers, au sens le plus littéral.

Comment voyez-vous personnellement un tel monde ? Il y a ici de la place pour la pensée de chacun. On peut réfléchir à l'éthique : quels droits et quelles libertés les gens doivent avoir, et où se situent leurs limites. À l'organisation du quotidien, des loisirs et aux technologies : comment assurer la coexistence des époques, le transit entre elles, l'accueil et l'installation des nouveaux arrivants. À la vie de planètes entières ou d'une seule rue où voisinent des gens de siècles différents. Il n'est pas nécessaire de tout pousser jusqu'au bout : même une seule pensée ou une esquisse, c'est déjà beaucoup. Et si une idée paraît tout à fait inhabituelle, peu importe : sur les territoires inexplorés, il en va rarement autrement.

Et peut-être la question la plus fascinante de toutes : où iriez-vous personnellement en premier dans un tel monde ? Et ensuite ?

Chacun peut apporter sa contribution, et il vaut mieux inventer l'avenir ensemble : imaginer, dessiner, travailler les détails, visualiser le but, chercher du sens pour notre espèce. Ainsi, peu à peu, se formera une image commune de l'avenir souhaité. Et plus nous lui prêterons attention, plus grandes seront les chances qu'elle agisse comme une prophétie positive autoréalisatrice.

Notre chat Telegram commun est comme un feu de camp à l'étape, autour duquel on partage ses projets et ses itinéraires. Apportez-y vos pensées, vos textes et vos dessins, et marquez-les du mot-dièse #образ_будущего pour qu'ils ne se perdent pas dans la conversation et soient faciles à retrouver. Et lisez ce qu'écrivent les autres : posez des questions, complétez, débattez avec bienveillance — c'est souvent de la pensée d'autrui que naît la vôtre. On t'attend près du feu !

Que peut-on faire concrètement aujourd'hui, comment et par quels moyens apporter son aide ?

Ce qu'il est possible de faire

  1. L'aide la plus importante à « l'Œuvre commune » consiste peut-être simplement à discuter des idées des cosmistes russes avec l'une de tes connaissances. L'effet papillon, ou plutôt l'effet d'un essaim de papillons, est souvent sous-estimé à long terme. De plus, nous sommes tous reliés par environ six degrés de séparation : au fil du temps, l'information finira par parvenir à des acteurs clés qui, en la relayant, pourront l'amplifier et la développer. Une simple conversation sur ces idées peut avoir un impact notable sur l'avenir lointain, car les pensées et les paroles marquantes, telles des vagues se répercutant de personne en personne, s'envolent vers l'éternité et façonnent notre avenir.
  2. Deuxièmement — et ce n'est pas du cosmisme. Regardez comment vous-mêmes parlez de la mort : « nous y serons tous », « c'est la vie », « tout a son heure ». Ce n'est pas de la sagesse, mais de l'acceptation — une forme d'impuissance apprise civilisationnelle. Remarquer en soi cette acceptation — c'est déjà du travail, et il se fait sans accord.
  3. Si vous connaissez le cosmisme russe de manière professionnelle, vous remarquerez peut-être dans les textes du site des erreurs de dates, d'attribution des citations, ou dans la question de savoir à qui telles idées sont attribuées. Une partie de ces erreurs a déjà été repérée et est en cours de correction, mais certaines ont pu passer inaperçues. Signalez-les — la correction sera apportée, et l'endroit litigieux sera assorti d'une référence à une source fiable. Adresse pour nous contacter : ru.cosmism@gmail.com
  4. Si vous vous occupez de philosophie ou de sciences humaines, prêtez attention : il reste dans les textes du site plusieurs endroits qui semblent faibles et que nous n'avons pas encore réussi à fermer définitivement. Ici, ce n'est pas du soutien qu'il faut : une objection argumentée vaut plus cher. Si vous examinez l'un de ces endroits et montrez qu'il ne tient pas, cela apportera plus à la cause que des dizaines de simples partages.
  5. Vous pouvez participer aux rencontres et aux projets sur le cosmisme russe au sein de communautés de personnes partageant les mêmes idées. Saint-Pétersbourg — Société scientifique des cosmistes : https://космизм.рф https://t.me/russian_cosmism Moscou — Portail du Musée-bibliothèque N. Fiodorov : https://nffedorov.ru https://vk.com/muzejfedorova
  6. Vous pouvez envoyer à l'une de vos connaissances le lien vers https://russian-cosmism.ru ou le partager dans un chat ou un commentaire où vous participez vous-même aux discussions.
  7. Quand vos enfants s'interrogeront sur leur propre mortalité et sur la vôtre, expliquez-leur à peu près ceci : si l'on créait une pilule spéciale contre la vieillesse, tous les hommes pourraient vivre indéfiniment, mais les scientifiques ne l'ont pas encore inventée. Un tel conditionnement exerce une influence décisive sur les réactions futures de la personnalité, sur la formation de ses valeurs et de ses priorités, et, en fin de compte, sur son comportement dans son ensemble. Il convient ici d'expliquer pourquoi ce point figure dans la liste. L'enfant recevra une réponse de toute façon — de vous, d'autres adultes, de la culture. On ne peut pas échapper à la réponse : se dérober est aussi une réponse, et elle forme elle aussi une attitude, seulement celle de quelqu'un d'autre. La réponse habituelle — « c'est comme ça, tout le monde meurt » — était la seule possible tant que rien ne pouvait s'opposer à la vieillesse. Aujourd'hui, le moment historique est différent, bien que tout le monde ne l'ait pas encore remarqué. Il s'agit simplement de faire en sorte que la première réponse à cette question corresponde à l'état actuel des choses, et non à celui d'hier.
  8. Cultivez en vous un cœur qui ne soit pas une boîte en carton bourrée de mèmes, mais un fragment de l'un des éléments. Notre conscience crée des idéaux, et la raison en cherche les moyens de les atteindre.

Le destin de nos vies immortelles se détermine dans les conséquences de nos paroles et de nos actes, qui se propagent en ondes et se réfléchissent dans l'éternité.— Et chaque faute que nous commettons, comme chaque bonne action, engendre notre avenir.

L'humanité sera unie — soit dans les cendres d'une catastrophe nucléaire, soit dans un palier qualitativement nouveau du développement social.